Par Une voix de Jérusalem pour la justice

Ce message de Noël est publié depuis la Terre Sainte par Une voix de Jérusalem pour la justice, un collectif qui sert de témoin « œcuménique pour l’égalité et une paix juste en Palestine/Israël ». Il fait suite à leurs précédentes missives publiées sur notre site Web à Pâques, lors de l’escalade estivale de la guerre menée par Israël contre Gaza, et après l’adoption récente par le Conseil de sécurité des Nations Unies d’un « plan de paix » profondément imparfait. Parmi les membres du collectif figurent Sa Béatitude Michel Sabbah, patriarche latin émérite de Jérusalem, et l’éminent érudit jésuite, le père David Neuhaus, qui a été panéliste lors d’un webinaire populaire sur la Palestine que Développement et Paix – Caritas Canada avait organisé en octobre 2024.
Jérusalem, le 20 décembre 2025
Les villes de la Terre Sainte sont décorées de lumières et d’arbres en ce temps de Noël, et les marchés et festivals abondent, répandant une atmosphère de fête. Beaucoup d’entre nous prennent part à ces rassemblements, comme si nous étions assoiffés de vie après avoir été témoins de la mort et de la destruction au cours des deux dernières années. La joie rayonne sur les visages des enfants et des adultes, dans les chants de Noël et les cantiques, dans les marchés et les cadeaux.
Nous devons nous demander : comment pouvons-nous faire la fête alors que notre peuple à Gaza souffre encore des effets de la guerre, de la destruction, du génocide et doit maintenant affronter un hiver rigoureux et pluvieux ? Nombreuses sont les personnes exposées aux intempéries, tentant de survivre sans le strict nécessaire. Des gens continuent de mourir : tué·e·s par l’armée israélienne, victimes de la famine, des maladies et du froid.
Comment pouvons-nous faire la fête alors qu’en Cisjordanie, la terreur règne, l’armée impose son régime d’assassinats, d’arrestations massives, de démolitions de maisons, de confiscations de terres, tandis que les colons continuent leurs ravages ? Parmi celles et ceux qui souffrent sous ce régime de terreur, il y a nos frères et sœurs chrétiens de Taybeh et d’Abboud. Leurs villages, comme tant d’autres, sont attaqués, leurs champs pillés et leurs églises anciennes profanées.
Nous nous demandons : comment pouvons-nous célébrer ? Pourtant, célébrer, nous le devons !
Nous sommes peut-être impuissant·e·s face à l’intransigeance israélienne, qui empêche la vie d’entrer à Gaza et empêche l’application de la loi en Cisjordanie. Cependant, le message de Bethléem, Nazareth et Jérusalem est que l’égalité doit s’imposer, que l’injustice doit cesser et que la lumière doit triompher. Notre célébration de Noël proclame un message de vie face à la mort et aux ténèbres.
Nos célébrations sont remplies de chants de Noël et de messages d’espoir, élevés par les fidèles et les pasteurs du plus profond de leur cœur, nous offrant une lueur d’espoir après les horreurs des deux dernières années. Nous ravivons l’espoir en revivant le souvenir de Noël, la naissance du Prince de la Paix. Noël est une fête pour toutes et tous ; c’est une prière, une célébration de l’humanité, mais aussi une fête nationale.
Certains pourraient se demander : ces célébrations et ces événements sont-ils devenus excessifs ? Ont-ils alourdi le fardeau des familles déjà confrontées à des difficultés économiques ? Cependant, le nombre de personnes participantes à ces célébrations donne l’impression qu’elles enrichissent la période de Noël, revitalisent l’économie et redonnent joie et espoir aux familles qui ont attendu si longtemps.
En cette période de Noël, nous voulons faire la fête, mais nous continuons, en même temps, à rester fidèles à notre mission et à notre résistance pacifique, en luttant pour l’égalité, la liberté, la justice et la paix. Notre espoir est celui des bergers à la venue du Christ. L’ange leur a dit : « Je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. » (Luc 2, 10-11).
Nous nous réjouissons et nous célébrons, mais avec conscience et prudence, car nous sommes exposé·e·s chaque jour au danger de la mort et de la guerre à Gaza et dans toute la Palestine. Nous célébrons avec nos âmes accablées par la mort sur notre terre. Même au cœur de notre ville, Jérusalem, la Cité de Dieu, à sa soi-disant Nouvelle Porte, des tentatives cherchent à nous priver de la sérénité et du caractère sacré de notre fête, en particulier la politique municipale visant à judaïser la ville et à porter atteinte au statu quo qui garantit le pluralisme et le caractère unique de ce quartier et de la ville dans son ensemble.
Malgré tout cela, nous célébrons avec nos cœurs élevés vers la grandeur de Dieu, remplis de la joie de la venue du Verbe éternel de Dieu, qui s’est fait homme et a habité parmi nous, notre Sauveur et le Sauveur de toute l’humanité. Grâce à Lui, nous sommes libres, témoins et messagères et messagers du message d’amour dans notre Terre Sainte bien-aimée. Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et sur toute notre terre, paix de Dieu, amour, justice et égalité. Joyeuse fête !
― Une voix de Jérusalem pour la justice
Signataires :
- Sa Béatitude le Patriarche latin de Jérusalem Michel Sabbah (émérite)
- Son Excellence l’évêque orthodoxe grec Attallah Hanna
- Sa Grâce l’évêque luthérien de Terre Sainte Munib Younan (émérite)
- M. Yusef Daher
- Mme Sawsan Bitar
- M. Samuel Munayer
- Mme Dina Nasser
- M. John Munayer
- Mme Sandra Khoury
- Rév. David Neuhaus, SJ
- Rév. Frans Bouwen, MAfr
- Rév. Firas Abdrabbo
- M. Sami El-Yousef
- M. Rafi Ghattas
- Rév. Alessandro Barchi
- et d’autres membres