Par Une voix de Jérusalem pour la justice

Ce SOS pour Gaza a été émis hier en anglais par Une voix de Jérusalem pour la justice, un collectif qui sert de témoin « œcuménique pour l’égalité et une paix juste en Palestine/Israël ». Il fait suite à sa missive de Pâques qui a été publiée sur notre site web. Parmi les membres du collectif figurent Sa Béatitude Michel Sabbah, Patriarche latin émérite de Jérusalem, et l’éminent érudit jésuite, le père David Neuhaus. Lors d’un webinaire organisé par Développement et Paix – Caritas Canada en octobre dernier, le père David avait retracé l’histoire du conflit israélo-palestinien et fourni des réponses très perspicaces aux questions des participant·e·s. Ce communiqué est reproduit ici avec la gracieuse autorisation du collectif.
Jérusalem, Pentecôte, 8 juin 2025
À chaque être humain, à chaque personne dotée d’une conscience, à toutes les amoureuses et amoureux de la paix,
En tant que chrétien·ne·s de Terre Sainte, nous tirons la sonnette d’alarme face à l’escalade sans précédent de la guerre menée par Israël contre Gaza. Après plus d’un an et demi de mort et de destruction, la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui est terrifiante. Nous lançons en substance un SOS : nous avons besoin de votre aide.
Le siège de Gaza a repris le 2 mars 2025, entraînant le plus long blocus sur l’entrée de nourriture et d’autres aides essentielles dans l’histoire de la bande de Gaza. Une nouvelle offensive militaire israélienne a été lancée le 18 mars 2025. Ce premier jour seulement, des centaines de personnes ont été tuées. Depuis lors, des dizaines de personnes sont tuées presque quotidiennement. À l’heure où nous écrivons ces lignes, l’armée israélienne occupe de plus en plus de territoire dans la bande de Gaza, entraînant davantage de destructions et de morts.
Au cours des dernières semaines, la situation s’est progressivement détériorée : outre les quelque 55 000 personnes mortes et plus de 120 000 blessées, la famine sévit (les Nations Unies ont récemment recensé 10 000 nouveaux cas de malnutrition). Les hôpitaux et autres installations civiles sont presque entièrement fermés. Plus de deux millions d’habitant·e·s de Gaza et les 24 otages israélien·ne·s encore en vie risquent leur vie à chaque instant.
De plus, l’escalade n’est pas seulement due au siège et aux attaques incessants. Les autorités israéliennes ont dévoilé une nouvelle stratégie, prétendant qu’elle vise à distribuer l’aide humanitaire dont la population a tant besoin. Cependant, cette aide est conditionnée à un nouveau déplacement de la population. Le contrôle israélien sera assuré par une agence soutenue par les États-Unis, la Gaza Humanitarian Foundation (GHF). La distribution dépendra de ce qu’ils appellent des « sites de distribution sécurisés », entièrement contrôlés par l’armée israélienne. Le 16 mai 2025, le directeur général de la GHF, Jake Woods, a déclaré qu’il refusait « de participer à quoi que ce soit qui disloque de force ou déplace la population palestinienne ». Le 25 mai 2025, il a démissionné après avoir appelé Israël à autoriser l’acheminement de l’aide par tous les moyens possibles. La GHF a commencé la distribution le 26 mai 2025, mais les processus de sélection, les difficultés pour atteindre les points de distribution et les meurtres continus des Gazaoui·e·s qui se rendent à ces points renforcent la probabilité que la GHF serve de couverture aux opérations militaires israéliennes. Entre-temps, les gens de Gaza continuent de mourir de faim.
Beaucoup se demandent ce que signifie cette escalade. Tout d’abord, elle place les Gazaoui·e·s devant un choix terrible : se soumettre au contrôle total d’Israël ou mourir de faim. De plus, beaucoup s’interrogent si cela pourrait conduire à une nouvelle tentative de nettoyage ethnique de la bande de Gaza, aboutissant à pousser la population au-delà des frontières de la bande. L’objectif final d’éliminer les Palestinien·ne·s a été formulé ouvertement à plusieurs reprises par des politicien·ne·s israélien·ne·s, y compris des membres du gouvernement, depuis que le président Trump l’a suggéré pour la première fois le 5 février 2025.
Les Nations Unies et de nombreuses ONG internationales ont reconnu que cette « distribution d’aide » constituait une escalade de la guerre. Elles savent pertinemment que participer à une telle « distribution » reviendrait à se rendre complice de l’utilisation de l’aide alimentaire dans le cadre d’une stratégie de guerre, ce qui est explicitement interdit par les Conventions de Genève.
Les autorités politiques et militaires israéliennes contestent constamment les rapports qui décrivent la gravité de la situation à Gaza. Elles contestent le nombre de personnes tuées, mourantes, blessées et affamées. Cependant, ces mêmes autorités refusent d’autoriser les journalistes étrangers à entrer à Gaza pour rendre compte de ce qui s’y passe. Pendant ce temps, environ 180 journalistes et professionnel·le·s des médias locaux de Gaza ont été tué·e·s au cours des opérations militaires israéliennes depuis le 7 octobre 2023.
Si les habitant·e·s de Gaza sont les premières victimes de cette guerre cruelle, nous autres sommes soumis·e·s à un autre bombardement, plus invisible, psychologique et spirituel : submergé·e·s d’images et de récits contradictoires, nous nous sentons désespéré·e·s, paralysé·e·s par le désespoir et incapables d’aider. Épuisé·e·s ! C’est pourquoi nous faisons appel à vous. La communauté internationale doit intervenir. Même si nos voix ne semblent pas être entendues par les leaders mondiaux, nous encourageons toutes celles et ceux qui ont des oreilles pour entendre et des yeux pour voir à agir.
Dans l’Évangile selon Jean (21, 1-13), les disciples se sont rassemblés sur les rives de la mer de Galilée. Découragés et épuisés, Pierre a suggéré qu’ils reprennent simplement leur vie de pêcheurs. Et pourtant, bien qu’ils aient travaillé toute la nuit, ils n’ont rien pris. Mais alors, Jésus apparut sur le rivage et leur dit : « Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez » (Jean 21, 6).
Nous vous lançons un appel : s’il vous plaît, essayez encore, jetez à nouveau vos filets. Nous vous supplions de ne pas abandonner. Laissons-nous envahir par l’énergie de la résurrection et du Saint-Esprit à la Pentecôte, et engageons-nous à nouveau à lutter pour la vie et la liberté de nos frères et sœurs à Gaza et partout ailleurs en Palestine/Israël.
― Une voix de Jérusalem pour la justice
Parmi les membres, on trouve :
- Sa Béatitude le Patriarche latin de Jérusalem Michel Sabbah (émérite)
- Son Excellence l’évêque orthodoxe grec Attallah Hanna
- Sa Grâce l’évêque luthérien de Terre Sainte Munib Younan (émérite)
- M. Yusef Daher
- Mme Sawsan Bitar
- Mme Dina Nasser
- Mme Sandra Khoury
- M. Sami El-Yousef
- M. John Munayer
- M. Samuel Munayer
- M. Rafi Ghattas
- Rév. Frans Bouwen, MAfr
- Rév. Alessandro Barchi
- Rév. Firas Abdrabbo
- Rév. David Neuhaus, SJ