Haïti a obtenu son indépendance de la France en 1804 et s’est immédiatement vu imposer le paiement de 125 millions de francs pour éviter des attaques militaires françaises. La nouvelle nation a été contrainte de contracter des emprunts coûteux auprès de banques françaises, ce qui a paralysé son développement initial. Aujourd’hui, Haïti est l’un des pays les plus pauvres du monde. Plus de la moitié de sa population vit dans l’extrême pauvreté et a des besoins humanitaires considérables.
Dans une société dominée par les hommes, les femmes sont particulièrement vulnérabilisées. Déjà touchées par les violences basées sur le genre, y compris les féminicides, les femmes souffrent de discrimination et ont un accès réduit aux opportunités économiques.
Bien qu’Haïti ait l’une des empreintes carbone les plus faibles au monde, c’est l’un des trois pays les plus vulnérables aux effets des changements climatiques, notamment à l’érosion des sols et aux phénomènes météorologiques violents tels que les ouragans et les inondations. Le pays est également situé sur d’importantes failles sismiques et a été frappé par un séisme majeur en 2010 qui a coûté la vie à plus de 220 000 personnes et rasé Port-au-Prince.
À la suite de l’assassinat du président Jovenel Moïse par un commando en juillet 2021, le pays a été plongé dans un vide politique qui a permis aux gangs criminels de proliférer et de commettre des enlèvements contre rançon en toute impunité. Les gangs ont renforcé leur emprise sur le pays, contrôlant plus de 80 % de la capitale, Port-au-Prince, et provoquant la fuite, vers la mi-2024, de quelque 600 000 personnes de la capitale vers les provinces. L’arrivée des familles fuyant la violence dans la capitale dans les provinces a accru la pression sur les ménages déjà en situation d’insécurité alimentaire.
Malgré un embargo international, des armes et des munitions continuent d’être introduites clandestinement dans le pays, permettant aux gangs de mener des attaques à grande échelle et d’étendre leur contrôle et leur influence sur de nouveaux territoires.
Un Conseil présidentiel de transition a été constitué en avril 2024. Il est, entre autres, chargé de préparer les élections qui devraient avoir lieu en août et décembre 2026. Son principal défi consistait à s’attaquer à l’emprise des gangs sur le pays, avec le soutien d’une mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS) dirigée par le Kenya. Cependant, en octobre 2024, seuls 400 des 2 500 policiers internationaux promis avaient été déployés, les États n’ayant pas honoré leurs engagements de financement de la MSS.
Malgré la catastrophe humanitaire provoquée par les gangs, nos partenaires restent en première ligne et œuvrent courageusement pour venir en aide aux personnes fuyant la violence ainsi qu’aux communautés rurales qui les accueillent, notamment en matière de production alimentaire.
En juillet 2024, DPCC a fourni des fonds humanitaires d’urgence à quatre partenaires (ITECA, IRATAM, Fanm Deside et OFTAG) qui s’efforcent d’apporter une aide alimentaire et médicale aux victimes de violences arrivant de la capitale, et de soutenir les ménages ruraux qui fournissent nourriture et hébergement aux familles déplacées.
Aujourd’hui, les gangs criminels continuent de contrôler de vastes portions du pays et bloquent les routes menant à la capitale ainsi que celles qui en sortent. Les pénuries de carburant ont provoqué une inflation galopante et des pénuries alimentaires. De nombreuses Haïtiennes et Haïtiens sont confrontés à l’insécurité alimentaire, et certains risquent la famine.
Lors de l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre 2024, Edgar Leblanc, président du Conseil présidentiel de transition, a appelé la France à rembourser à Haïti les dettes illégitimes contractées dans le cadre d’un processus qui a débuté il y a 199 ans, malheureusement il n’y a pas eu de réponse de leur part.




Développement et Paix – Caritas Canada est présent en Haïti depuis les années 70 et a une très bonne connaissance des organisations locales. Notre présence de longue date nous permet d’œuvrer au changement social en renforçant les capacités des Haïtiennes et des Haïtiens et en répondant plus efficacement aux désastres liés au climat.
Notre travail est très respecté par le peuple haïtien et par d’autres organisations non gouvernementales, et nous atteignons des résultats significatifs. Nous avons aidé les communautés à passer de bénéficiaires d’aide humanitaire à participant·e·s à part entière dans des projets communautaires de développement à long terme, et nous avons renforcé les organisations locales pour qu’elles soient au premier plan des programmes d’aide d’urgence. Par exemple, à la suite de l’ouragan Matthew en 2016, nous avons appuyé les organisations locales dans la construction de 25 maisons à Cavaillon, une ville très touchée par cet ouragan. Ces maisons ont d’ailleurs résisté au tremblement de terre de 2021.
Notre approche renforce la dignité des Haïtiennes et des Haïtiens et les place au premier plan de leur propre développement. Nous soutenons des organisations locales qui œuvrent à opérer un changement positif au sein de leurs communautés et nous appuyons leurs efforts de plaidoyer auprès de leur gouvernement.
Nous travaillons auprès de groupes de femmes pour renforcer leurs capacités, veiller à ce qu’elles soient davantage respectées dans la société et pour s’attaquer à l’impunité des auteurs de viols. Ces groupes offrent de l’aide médicale, légale et psychosociale aux victimes de violences basées sur le genre. Cela implique un vaste programme de sensibilisation à la situation des femmes, mettant l’accent sur la prévention et la réduction des violences; cela implique aussi de s’engager avec des groupes d’hommes, dont des musiciens, des chauffeurs de taxis et de camions, pour leur offrir des modèles de masculinité positive.
Nous soutenons un programme post-tremblement de terre dans le département du Sud qui vise la reconstruction de 40 maisons pour des familles de Cavaillon qui ont perdu leur toit. Ce programme aide aussi la population paysanne à produire de la nourriture pour leur consommation et pour vendre sur les marchés locaux, grâce à l’accès au crédit.
Nous faisons la promotion de techniques agroécologiques pour contrer l’érosion produite par les changements climatiques. Notre travail avec les femmes paysannes renforce leur résilience et leur autonomie, en soutenant la production de volailles et d’œufs, de fruits et de légumes, et en créant des coopératives qui promeuvent leur participation. Notre approche en est une de souveraineté alimentaire : augmenter la production alimentaire au niveau local et réduire la dépendance aux importations alimentaires.
Nous espérons le retour d’une certaine stabilité politique et d’un gouvernement opérationnel en Haïti. Ceci permettra à nos partenaires de travailler de manière plus efficace pour augmenter la production agricole locale, nourrir les communautés rurales et générer des revenus pour les petites communautés paysannes. De telles initiatives réduiront la dépendance aux produits alimentaires importés. L’augmentation de la stabilité politique permettra également de développer des initiatives de tourisme écologique. Nous prévoyons de continuer à travailler auprès des communautés qui ont bénéficié de programmes post-tremblement de terre, avec des initiatives de développement à long terme pour renforcer leur résilience et réduire leur vulnérabilité face aux prochaines catastrophes liées au climat.

Projet d’appui à l’adaptation aux changements climatiques des systèmes de production dans les écosystèmes marin et terrestre dans les communes Les Anglais et Tiburon (Haïti)

Le séisme meurtrier qui s’est abattu sur l’île a tué des milliers d’Haïtiennes et d’Haïtiens, laissant autour de lui autant de maisons arrachées, de bâtiments écroulés, d’arbres déracinés. Au-delà de la destruction et des blessures, les impacts psychosociaux ont aussi été très importants. Développement et Paix – Caritas Canada oeuvrait déjà depuis 1972 auprès des communautés les plus vulnérables du pays, mais devant cette situation exceptionnelle, nous avons étendu notre champ d’action afin de soutenir les survivantes et les survivants du séisme.

Le rapport Regard sur 5 ans d’action présente le bilan du programme de reconstruction mis en œuvre par Développement et Paix en Haïti, suite au violent séisme qui a frappé l’île le 12 janvier 2010. Nous y présentons les différentes actions menées en collaboration avec nos partenaires dans les domaines de l’aide humanitaire, de la reconstruction, des droits humains ainsi que de la sécurité et de la souveraineté alimentaire.

La dernière phase du programme de reconstruction de Développement et Paix est consacrée à l’économie sociale et solidaire. Un montant de 3 millions de dollars a été consacré à la mise sur pied d’une douzaine d’entreprises sociales, actives aussi bien dans les domaines de l’agriculture, de la production avicole, de la confection textile ou encore de l’artisanat. Les profits générés serviront à financer les projets sociaux des organisations dont elles sont issues et à garantir l’autonomie financière de celles-ci.
Mai 2024 | Cet épisode de notre balado Voix solidaires, intitulé Haïti : la solidarité au milieu du chaos, est une conversation avec Mary Durran, notre chargée de programmes pour Haïti, le Honduras et le Pérou.
Mary explique pourquoi Développement et Paix – Caritas Canada s’engage depuis des décennies en Haïti. Elle analyse également les conditions actuelles dans le pays, où la violence des gangs et l’instabilité politique ont déplacé des milliers de personnes, paralysé l’économie et exacerbé la pauvreté et la faim.
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