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Activités estivales de la jeunesse (2e partie) : Imaginer la justice

Par Cristina De Fabritiis, ambassadrice jeunesse pour Toronto; Amber Louise Culley, représentante jeunesse pour l’Ontario; Emily Dell, représentante jeunesse pour l’Ontario; et Djenabou Diallo, ambassadrice jeunesse pour Gatineau

Le dynamisme du mouvement jeunesse au sein de Développement et Paix – Caritas Canada se manifeste par la grande diversité d’activités auxquelles nos jeunes membres participent ou qu’ils animent partout au Canada. Cette série ne présente que deux exemples tirés de l’été dernier. La première partie racontait un événement qui s’est déroulé à Moncton, au Nouveau-Brunswick. Dans cette deuxième partie, quatre participantes partagent leurs réflexions sur leur expérience à « Model Youth Justice » (Modèle de justice jeunesse; voir description en anglais), une retraite pour jeunes coorganisée par KAIROS Canada (voir site Web en anglais) et Camp Micah (voir site Web en anglais) du 7 au 9 août 2026, au Centre mennonite Hidden Acres (voir site Web en anglais), à New Hamburg, en Ontario.

Youth - Jeunesse - Camp Micah
Amber Louise Culley (en haut à gauche), Cristina De Fabritiis (en haut à droite), Djenabou Diallo (en bas à gauche) et Emily Dell (en bas à droite) ont participé au camp « Model Youth Justice » à New Hamburg, en Ontario.

La justice jeunesse, c’est moi, toi et nous

Moi. Toi. Nous. Ce ne sont pas des mots auxquels j’ai commencé à penser avant de voir les choses sous un autre angle au camp « Model Youth Justice », dont l’objectif principal était justement de changer notre façon de voir les choses.

Pendant trois jours, j’ai côtoyé un groupe très diversifié de jeunes issus de tous les horizons. Les personnes participantes tout comme les animatrices ont fait part avec sincérité de leur parcours, qu’il s’agisse de réfugié·e·s arrivé·e·s au Canada ou de leaders autochtones qui transforment leurs traumatismes en source d’inspiration pour susciter des changements au sein de leurs communautés.

La découverte des aspects culturels du patrimoine autochtone — plus précisément mohawk et couchiching — grâce aux conférenciers principaux lors de la deuxième journée s’est avérée particulièrement captivante. Bangishimo et Amy Smoke, cofondateurs du Willow River Community Land Trust (voir site Web en anglais), ont commencé et terminé leur présentation par un cercle de tambours. Ils ont invité un jeune Mohawk qui participait au camp à se joindre à eux. C’était réconfortant de voir ainsi les traditions se renouer et se transmettre aux jeunes de manière si belle.

J’aime me fixer comme objectif d’apprendre quelque chose de nouveau chaque jour. Pour moi, découvrir la culture et le patrimoine mohawks a été une expérience particulièrement enrichissante. Cela a éveillé ma curiosité et renforcé mon désir de m’engager collectivement en faveur de la justice et du changement.

― Cristina De Fabritiis

La justice jeunesse : se poser question cruciale

Amber Louise Culley a particulièrement apprécié de pouvoir discuter de divers sujets liés à la justice sociale, parmi lesquels figurait l’impact des conflits climatiques selon le genre.

C’était ma deuxième participation à « Model Youth Justice ». J’ai découvert ce programme grâce à des représentant·e·s de KAIROS Canada lors du Forum des peuples du Jubilé du G7, qui s’est tenu en Alberta l’été dernier.

Cette retraite attire des jeunes issus d’horizons variés, tant sur le plan religieux que sur celui de leurs identités et expériences. Elle encourage les personnes participantes à exprimer leur foi, leurs origines, leur identité, leurs passions, leurs intérêts et leurs curiosités, ainsi qu’à discuter de ce que signifient la paix et la justice et de la manière dont elles peuvent contribuer aux efforts nécessaires pour les concrétiser.

Des enseignements sur l’autonomisation des jeunes, le soutien mutuel, la gestion des désaccords et du dialogue, l’expression des préoccupations en matière de justice, la mobilisation et l’établissement de relations ont été partagés à travers des feux de camp, des chants, des danses, des ateliers, des jeux de rôle, des activités de consolidation d’équipe, des conversations et des moments passés dans la nature. Le fait d’être loin de la « vie quotidienne » nous a permis de nous sentir à l’aise, de nous détendre les uns avec les autres, de discuter de divers sujets de manière informelle et de ressentir moins de pression pour nous comporter de manière professionnelle.

Un aspect du camp « Model Youth Justice » que j’ai particulièrement apprécié, c’est qu’il n’avait pas de thème central bien défini, mais qu’il permettait d’aborder de nombreux sujets liés à la justice sociale. Nous avons toutes et tous pu partager nos passions et apprendre les uns des autres grâce à nos expériences respectives : participation à des conseils ou comités de jeunes, vie quotidienne, expérience en tant que personnes nouvellement arrivées ou immigrantes, éducation et engagement, et bien plus encore.

J’ai appris que la justice commence lorsque les gens se réunissent pour discuter de solutions. Nous nous sommes plongé·e·s dans des ateliers consacrés au dialogue, à la communication saine, à la gestion des conversations difficiles, ainsi qu’à la manière de transformer les désaccords ou les malentendus en occasions de créer des liens et d’agir en faveur de la justice.

Le dernier jour, KAIROS Canada nous a invités à noter un objectif auquel nous aimerions participer et à rester en contact les uns avec les autres. Puis, une question cruciale nous a été posée : « Comment allez-vous aller de l’avant? »

― Amber Louise Culley

Pour Emily Dell, les chèvres étaient comme des proches qui l’accompagnaient et nourrissaient ses réflexions sur la question de savoir à qui revient le droit de décider de ce qui est sacré.

La justice jeunesse au milieu des saules et des chèvres

Entourée par la beauté des arbres, de la faune et de l’eau, j’ai tissé de nouveaux liens, je me suis fait de nouveaux ami·e·s, j’ai découvert des organismes œuvrant pour la justice sociale et j’ai acquis des compétences telles qu’allumer un feu, résoudre des conflits et simplement vivre l’instant présent.

Le premier soir, après une séance consacrée à la reconnaissance des terres, on nous a laissé du temps pour réfléchir à ce que cela signifiait et à ce que recouvre la notion de sacré. Je me suis rendue près d’un arbre à l’extérieur, où j’ai écrit la réflexion suivante :

Je suis assis sous le saule. À ma gauche se trouve la feuille de sauge que j’ai posée contre sa racine. Plus loin, s’étend le sentier de gravier qui s’éloigne de la forêt. À ma droite, au-delà de l’arbre, se reposent trois de mes proches, les chèvres.

J’entends les grenouilles, les cigales, les enfants et les adolescents qui parlent et jouent. J’entends le bourdonnement des grillons.

Quand je lève les yeux, je vois les branches et les feuilles du saule qui se penchent vers moi. Ce saule est mon aîné; son tronc est plus large que moi… Je me sens protégée par lui, attirée vers lui. Mon dos repose contre les rainures et les bosses de son tronc; je suis ancrée dans la terre qui l’entoure. Je me demande qui d’autre s’est déjà assis à cet endroit. Qui a pris soin de ce saule pour qu’il devienne ce qu’il est aujourd’hui?

Au-delà du saule, dans le ciel, j’aperçois les étoiles qui sont là depuis bien plus longtemps que le saule… Je me demande combien de temps il faudra avant que nous devions les protéger, comme nous le faisons pour la Terre Mère, contre celles et ceux qui souhaitent les exploiter.

Un papillon de nuit, qui était autrefois une chenille, vole en cercles autour de moi et du saule. Sa journée vient tout juste de commencer. Je me demande quel effet ont sur elle les lumières que nous, les personnes au camp, produisons.

Le saule est sacré. Mais qui a le privilège de décider de ce qui est sacré? Celles et ceux qui détiennent le pouvoir ne font souvent respecter cette notion de sacré qu’à eux-mêmes.

Pour considérer quelque chose comme sacré, pour reprendre le pouvoir, je dois reconnaître et accepter mes privilèges en tant qu’être humain, en tant que femme blanche issue des colons, et m’attacher à quelque chose qui me dépasse. Lutter pour le droit au sacré, le droit à la cérémonie, signifie que je dois repenser ma façon de voir les choses.

Je te considérerai comme sacrée, Saule, avec ta sagesse et ta vérité.

Le lendemain matin, nous avons reçu la visite de Bangishimo, d’Amy Smoke, de Sky (enfant d’Amy), et d’un aîné mohawk. Ils nous ont parlé de leur militantisme en faveur de la restitution des terres et de leur travail communautaire. Leurs réalisations et la passion dont fait preuve Sky, en tant que jeune militant au sein du mouvement, étaient véritablement inspirantes.

« Model Youth Justice » m’a rappelé ce pour quoi je me bats chaque jour et m’a aidé à trouver la motivation de poursuivre mes efforts en faveur de la justice. Merci aux personnes organisatrices et à Développement et Paix – Caritas Canada de m’avoir fait connaître cette occasion et d’avoir financé mon voyage.

― Emily Dell

La justice jeunesse : un message d’espoir

Le séjour dans la nature a fait prendre conscience à Djenabou Diallo de sa propre petitesse et de tout ce qu’il lui reste à apprendre.

C’était une véritable première pour moi : mon premier camp et, surtout, ma première activité interconfessionnelle. Le fait d’être en pleine nature et d’échanger avec des jeunes issus de milieux si différents m’a fait prendre conscience de notre petitesse et de tout ce qu’il nous reste encore à apprendre. Chacune d’entre nous porte en soi une expérience vécue qui façonne notre vision du monde, notre perception de l’humanité et notre définition même de la justice.

Ces deux journées ont marqué, pour moi, le début d’une réflexion plus approfondie. À une époque où la solidarité internationale peut sembler un mirage et où l’humanité paraît de plus en plus menacée, il était réconfortant de constater que les jeunes présents, même s’ils ne détenaient pas toutes les réponses, disposaient des outils nécessaires pour aller de l’avant. Grâce à des jeux, des simulations et des moments de partage, nous avons pu constater comment aborder des sujets sensibles de manière vivante et accessible, plutôt que par le biais d’une théorie rigide.

Le message de ce camp est avant tout un message d’espoir. Alors que tant de choses dans le monde laissent à désirer, il est rassurant de constater que cette cause est partagée par toutes et tous. Des séances de détente aux repas pris en commun, en passant par les promenades en soirée et les chansons autour du feu de camp, j’ai pris conscience qu’il est possible de vivre ensemble et de s’engager, côte à côte, pour un monde plus juste.

― Djenabou Diallo

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