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Nourrir l’espoir au Forum des peuples du Jubilé du G7 

Par Dean Dettloff, chargé de plaidoyer et de recherche 

Dans la pittoresque station thermale de Kananaskis, en Alberta, immédiatement avant l’attaque d’Israël contre l’Iran et les représailles de ce dernier, les dirigeants mondiaux invités par le gouvernement du Canada se sont réunis au sommet du G7 pour discuter de ce qu’ils considéraient comme les questions les plus importantes de notre époque. Pourtant, isolé dans les Rocheuses canadiennes, le sommet s’est tenu loin de la société civile, ce qui a amené de nombreuses personnes à se demander si les dirigeants pouvaient entendre les voix des personnes devant lesquelles ils sont responsables. 

Qu’ils en soient capables ou non, nous nous sommes assuré·e·s de leur donner toutes les chances. Dans les jours précédant le G7, une communauté créative et mondiale s’est réunie dans la ville voisine de Calgary pour le Forum des peuples du Jubilé du G7, une occasion de se rencontrer, de partager des stratégies, de s’éduquer les uns les autres, de travailler de façon créative et de discuter de ce que nous considérions comme les enjeux les plus importants de notre époque. Organisé par KAIROS, Développement et Paix – Caritas Canada (DPCC), le Bureau des congrégations religieuses pour l’écologie intégrale (BCRÉI), le Conseil canadien des Églises et Citizens for Public Justice (CPJ), le forum a accueilli des participant·e·s du Kenya et de la Palestine jusqu’à Washington et Whitehorse. 

Forum des peuples du Jubilé du G7 : interreligieux et interconnecté 

Notre forum a commencé par un service interreligieux, organisé par le Calgary Interfaith Council, au cours duquel des représentant·e·s des Premières Nations, des communautés juive, musulmane, sikhe, hindoue, bahá’íe, bouddhiste et chrétienne ont tous parlé de la manière dont leur tradition est liée aux thèmes du Jubilé. À une époque où les divisions sont si nombreuses, cette conférence a été la preuve miraculeuse que le désir d’une véritable justice et d’une véritable libération nous unit à travers nos différences, et non en dépit d’elles. 

Parmi les orateurs figurait le cardinal Pedro Barreto du Pérou, un visiteur de solidarité de DPCC. À un moment donné, un rabbin a soufflé dans la corne de bélier, ou « jobel » en hébreu, d’où vient le terme « Jubilé ». La soirée s’est terminée par un repas langar généreusement et magnifiquement offert par la communauté sikhe de Calgary, ce qui a permis à chacun·e· de repartir le ventre et le cœur pleins. 

Le cardinal Barreto a repris la parole dans la matinée, évoquant la fumée des incendies de forêt qui enveloppait Calgary au moment où nous commencions à nous réunir, et adressant un message aux dirigeants du G7 et aux personnes réunies au forum pour mettre fin à la destruction écologique, en particulier en Amazonie. Les partenaires de KAIROS, Tarek Al-Zoughbi de Wi’am : Le centre de transformation du conflit palestinien en Cisjordanie et Salomé Owuonda du Centre africain pour le développement durable et inclusif au Kenya, ont également parlé des impacts de la dette économique et écologique sur leurs propres pays et à travers le Sud global. 

Cardianl Barreto at the People's Forum

Tout au long du forum, les personnes participantes ont assisté à des ateliers sur divers sujets, notamment la spiritualité autochtone, l’organisation et la défense des droits, et la manière d’envisager un avenir meilleur. Le sentiment que les divers problèmes de notre monde sont véritablement interconnectés était palpable. 

Tashia Toupin at People's Forum

Comme l’a dit Tashia Toupin, vice-présidente de DPCC, le sujet de la dette « peut sembler accablant et compliqué, avec de nombreux éléments en mouvement, politiques, économiques, culturels et idéologiques ». L’un des objectifs de ce rassemblement était d’aider les gens à comprendre et à parler de la manière dont tant de pays, en particulier dans le Sud, se sont retrouvés dans une situation apparemment désespérée. Nos intervenant·e·s ont aussi mis en lumière le message central de notre campagne : Transformer la dette en espoir.

L’un des temps forts du forum a été un pèlerinage unique à la roue médicinale sur le territoire de Stoney Nakoda, où les anciens nous ont accueillis et ont partagé leur sagesse. Un thème important était que le Créateur est toujours avec nous, peu importe ce qui se passe dans le monde, un thème qui nous a soutenu·e·s alors que nous continuions à traiter les causes structurelles complexes de l’injustice. 

Brenda Arakaza, présidente sortante et membre du Conseil national de DPCC a déclaré : « Au Forum des peuples, j’ai ressenti une profonde clarté : c’est un moment de convergence. En cercle avec des dirigeants autochtones, des partenaires du Sud, des allié·e·s interconfessionnels et des jeunes, j’ai été témoin du pouvoir sacré de l’objectif collectif. La cérémonie de Stoney Nakoda m’a rappelé que la vérité exige du courage et que la guérison commence par une écoute humble. » 

People's Forum: Brenda Arakaza and Kiegan Irish

Notre forum s’est conclu par un mandat qui a envoyé les participant·e·s dans huit églises de diverses confessions à Calgary avec des pétitions en main. Après avoir recueilli de nouvelles signatures, nous nous sommes retrouvé·e·s au centre-ville, où nous avons rejoint un rassemblement pacifique comprenant de nombreux autres groupes exprimant des griefs, des espoirs et des messages à l’intention du G7. 

Les contributions de la campagne du Jubilé au rassemblement comprenaient un discours enthousiaste de Maryo Wahba du CPJ sur la dette économique et écologique, la représentation d’un sketch illustrant la crise de la dette, et la destruction de piñatas tirelires créées par une équipe de jeunes pendant le forum, symbolisant la libération de la domination de la dette. Portant de nombreuses flammes en carton sur lesquelles étaient inscrits nos espoirs, comme un immense relais de lumière, nous avons défilé dans les rues pour montrer au G7 que le peuple est prêt à agir. 

Le G7 esquive la question de la dette 

Énergisé par le forum, j’ai grimpé les montagnes jusqu’à Banff, où le C7, un groupe d’engagement du G7 représentant la société civile, était présent parmi les médias qui observaient les réunions du G7. La scène était étonnamment différente. Alors que la bannière du Jubilé était portée dans les rues de Calgary, à Banff, la société civile était largement reléguée sur la touche, ignorée par les médias et les politicien·ne·s pour qui le spectacle des intrigues et des ragots du G7 éclipsait les nombreuses préoccupations soulevées par les mouvements et les organisations du monde entier. 

Les déclarations finales du sommet du G7 traitent de nombreuses questions, et les participant·e·s au forum ont cherché des nouvelles liées aux thèmes que nous avions discutés ensemble. 

Un court paragraphe sur la dette figure dans le « Plan d’action du G7 pour les minéraux critiques ». Dans un registre plus positif, la déclaration reconnaît « les défis auxquels font face les pays en développement dont les niveaux d’endettement augmentent, notamment pour financer les infrastructures », et les dirigeants se sont engagés à soutenir ces pays. Toutefois, aucun détail n’a été fourni sur la manière dont le G7 entend procéder, à l’exception de l’amélioration du cadre commun du G20, un processus établi en 2020 pour restructurer la dette qui n’a pas donné de résultats significatifs au cours des cinq dernières années. Les objectifs de la pétition de la campagne Jubilé, approuvée à la fois par le C7 et le Labour 7, visant à annuler la dette injuste, à modifier l’architecture financière pour donner la priorité aux personnes et à la planète, et à établir un mécanisme de résolution de la dette au sein des Nations Unies, sont tous absents de la déclaration. Il n’y a pas non plus de formulation reflétant les sur la dette, rédigées par le C7. 

Les questions liées au climat apparaissent dans les déclarations, sans toutefois reconnaître ce que le pape François et beaucoup d’autres ont appelé la « dette écologique » due par le Nord au Sud. La déclaration du plan d’action sur les minerais critiques contient des termes bienvenus qui soulignent que l’obtention de minerais critiques soulève de réelles préoccupations concernant les pratiques de travail, la corruption, la consultation, ainsi que la pollution et la dégradation des terres. Cette formulation semble toutefois vide de sens, car de nombreux pays du G7, dont le Canada, continuent de s’opposer à l’adoption d’une législation sur la diligence raisonnable des entreprises qui les obligerait à respecter les droits humains et l’environnement. Si le G7 prend au sérieux la responsabilité des entreprises, les pays participants le montreront en l’inscrivant dans la loi. Le Canada peut commencer par adopter une législation dont le modèle a déjà été élaboré par le Réseau canadien sur la reddition de compte des entreprises. 

Au-delà de la question de la dette, le G7 a manqué l’occasion de répondre à d’autres enjeux qui ont occupé une place importante au Forum des peuples du Jubilé, notamment en ce qui concerne la paix au Moyen-Orient. Dans une déclaration sur l’escalade entre Israël et l’Iran, il n’est pas fait mention de la responsabilité d’Israël dans la provocation du conflit en bombardant d’abord l’Iran, après des mois d’agression contre d’autres acteurs proches, comme le Liban, ni de la culpabilité d’Israël dans les atrocités en cours et la crise des droits humains à Gaza et en Cisjordanie. Ces omissions se répètent dans le résumé canadien de la réunion, ce qui soulève des inquiétudes quant à l’engagement des dirigeants du G7 en faveur du droit international, des droits humains et d’une paix et d’une justice sincères et durables. Il manque également un engagement en faveur de l’aide internationale et de l’aide publique au développement, alors qu’il y a eu une coopération claire sur l’augmentation du financement militaire, signe que les dirigeants mondiaux investissent dans la guerre au détriment de la paix. 

Tu dois être ici, près de moi 

Il serait raisonnable de regarder les résultats du G7, une réunion de dirigeants mondiaux fracturés entre eux et travaillant loin des gens, et de se sentir déçus et cyniques. L’année jubilaire nous appelle cependant à être des pèlerins de l’espoir, et notre Forum des peuples, rempli de foi, a suscité cet espoir. 

Lors de notre célébration d’envoi, avant que les participant·e·s ne se rendent dans les églises, un ancien nous a dit qu’il commençait ses prières en disant au Créateur : « Tu dois être ici, près de moi ». Cette simple phrase, qui n’est pas une invitation, mais une observation, nous rappelle avec force que le Créateur est toujours à nos côtés. 

En regardant les déclarations politiques, les graphiques économiques, les données sur les émissions de gaz à effet de serre, les propositions politiques et le flot de reportages des médias, il peut être facile d’oublier cette réalité. Nous avons construit un monde si complexe, si contradictoire et si plein d’injustices que voir le Créateur peut sembler impossible, voire crédule ou stupide. Pourtant, alors que la fumée de sauge flottait dans le vent de l’Alberta au-dessus d’une communauté de personnes pleines d’espoir venues du monde entier, le rappel de l’aîné semblait aussi réel que le papier mâché d’une piñata en forme de tirelire, le lit emprunté dans un dortoir ou les pois chiches d’un plateau de langar

Alors que nous poursuivons notre pèlerinage en cette année jubilaire, quelles que soient les victoires ou les déceptions, continuons à nous répéter ce rappel simple et profond :  

« Tu dois être ici, près de moi » 

Et construisons un monde sans dette injuste, sans destruction climatique, sans armement et sans colonisation, un monde où une telle observation est plus naturelle. Transformons la dette en espoir

Lisez et regardez plus d’informations sur le Forum des Peuples du Jubilé et le G7 dans les médias en anglais, français et espagnol : 

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