Par Cécile Famerée et Bénédicte Bucio, chargées de programme en République démocratique du Congo.

Avant de clôturer l’année, nous voulions vous partager quelques nouvelles de la République Démocratique du Congo (RDC) où l’année 2025 a été marquée par l’intensification de violences, en particulier dans l’Est du pays, même si ces dernières ne sont pas limitées au Nord et Sud Kivu.
On se souviendra que l’année avait débuté par la prise de Goma, puis celle de Bukavu par le groupe rebelle AFC/M23 soutenu par le Rwanda. Nous avions alors publié une déclaration de solidarité avec la RDC pour montrer notre appui aux partenaires. Un mois plus tard, à côté de l’AQOCI et d’autres alliés québécois, on avait sonné l’alarme sur la crise humanitaire.
Depuis la résurgence du groupe en novembre 2021, les territoires administrés par l’AFC/ M23 n’ont cessé de croître. La dernière grande ville du Sud Kivu, Uvira est tombée aux mains des rebelles le 10 décembre 2025. Uvira est située à la frontière avec le Burundi (lac Tanganyika) et ouvre la dernière porte vers le reste du pays.
La crise sécuritaire et humanitaire dans l’Est ainsi que les déplacements de population se poursuivent également, y compris des retours aux villages qui avaient été fuis. La guerre dans cette région remonte à plus de 30 ans et les communautés sont déstructurées par les nombreuses atrocités, en particulier les violences faites aux enfants et aux femmes devant les membres de la famille et de la communauté. Outre les 30 000 personnes réfugiées accueillies récemment au Burundi, plus de 400 personnes sont mortes dans la prise récente d’Uvira, bilan qui va s’alourdir étant donné la détérioration de la situation, et qui viennent s’ajouter aux 6 millions de personnes ayant perdu la vie depuis le début de la guerre en 1998.
Les efforts diplomatiques des États-Unis et du Qatar se sont poursuivis pour tenter de mettre fin à la guerre dans l’Est, que ce soit entre la RDC et le Rwanda ou entre la RDC et l’AFC/M23. Plus récemment, le 4 décembre, Paul Kagamé, président rwandais, et Félix Tshisekedi, président de la RDC, ont signé un accord à Washington qui avait été préalablement préparé par leurs équipes respectives. Cet accord est jumelé d’une entente commerciale sur l’exploitation des minerais de l’Est.
Malgré ces débouchés, les critiques principales soulignent le caractère partiel de ces accords qui « ne prennent pas en compte l’ensemble des problèmes du Congo », comme l’indique Mgr Ambongo, archevêque de Kinshasa, et les nombreux blocages au moment de l’opérationnalisation. Certains experts de l’International Crisis Group (ICG) reconnaissent que l’entente commerciale avec les États-Unis ajoute une dimension supplémentaire « intéressante » qui concerne les gains économiques que le Rwanda pourrait obtenir en temps de paix alors que ces gains sont évidents en temps de guerre.
Au niveau de la gouvernance interne, la « réapparition » de l’ancien président Joseph Kabila sur la scène politique et sa condamnation à mort par la Haute cour militaire, ainsi que la création, par lui et un groupe d’opposants (partis politiques et société civile), de la plateforme « Mouvement sauvons la RDC » ont attisé les tensions et plongé le pays dans davantage d’incertitude. Parallèlement, les figures de l’opposition ont été soit marginalisées, soit poussées à l’exil; la plus récente exclusion des 13 partis qui se sont ralliés à la plateforme d’opposition, a rendu les dérives autoritaires du pouvoir en place manifestes, contribuant à réduire les possibilités d’un dialogue inclusif interne et régional.
Quels que soient les gains économiques des uns et des autres, la concrétisation des négociations internationales stagne et les perspectives d’une paix durable sont compliquées à percevoir pour des milliers de congolaises et de congolais. Bien qu’à la demande de Washington, l’AFC/M23 a déclaré accepter de se retirer d’Uvira, l’ONU craint une fragmentation de la RDC et l’embrasement dans la région des grands lacs.
La continuité de notre soutien auprès de nos partenaires est d’autant plus importante à mesure que nous assistons au contrôle territorial de l’Est de la RDC par l’AFC/M23 soutenu par le Rwanda et aux capacités limitées de l’État congolais à répondre aux clivages préexistants ainsi que d’assurer la protection de sa population. Il en va de même pour la communauté internationale dont la passivité est reliée au narratif rwandais et aux intérêts économiques en jeu.
C’est dans ce contexte qu’en 2025 notre Programme d’Éducation Électorale et de Gouvernance Inclusive en RDC (EEGIR) soutient 29 centres d’alphabétisation pour amener les femmes à regagner leur dignité et jouer un rôle dans la vie politique. Prochainement, la deuxième campagne de sensibilisation massive débutera et les messages seront orientés vers le respect des droits de la personne, des droits de la femme, y compris la participation des femmes dans les processus de paix desquels elles sont largement exclues à ce stade.