Par Carol Hollywood, membre et participante au voyage de solidarité

Développement et Paix – Caritas Canada organise traditionnellement chaque année un séjour de solidarité au cours duquel des membres, qui amassent généralement des fonds pour couvrir leurs propres dépenses, rencontrent nos partenaires dans les pays du Sud, observent leur travail sur le terrain, tissent des liens de solidarité avec les communautés qu’ils soutiennent et apprennent à leurs côtés. Deux des participantes au voyage de cette année ont très gentiment accepté de partager leur expérience avec nous. Ceci est le second des deux articles, le premier étant signé par Cristina De Fabritiis. Pour découvrir d’autres témoignages, écoutez le dernier épisode de notre balado, Voix solidaires.
Je n’avais jamais participé à un séjour de solidarité, même si je suis membre de longue date de Développement et Paix – Caritas Canada (DPCC). Et nous voilà, atterrissant à l’aéroport de Lima, au Pérou, prêt·e·s à rencontrer les partenaires de DPCC dans le cadre de ce que je considérais comme mon propre pèlerinage en cette année jubilaire.
J’ai trouvé de la résilience, de l’inspiration et de l’espoir malgré les dures réalités de la vie au Pérou, et je suis revenue à Calgary avec une nouvelle perspective. J’ai rencontré le Christ dans les personnes que nous avons croisées et dans ce beau paysage.
Séjour de solidarité : l’expérience d’Iquitos
Nous avons passé trois jours inoubliables à Iquitos, dans la région amazonienne. Avec ses 500 000 habitants, Iquitos est la plus grande ville au monde inaccessible par la route. La chaleur et l’humidité élevées peuvent en faire un environnement difficile. Les marécages et les sols meubles font que les cours d’eau changent de lit, que les berges s’érodent et se déplacent, et que le niveau de l’eau monte et descend chaque année, jusqu’à 15 mètres (≈50 pieds) à certains endroits. Il y a deux saisons, la saison humide (de décembre à avril) et la saison sèche (de juin à novembre). L’eau domine la vie, rendant le milieu complètement différent de tout autre. Iquitos est un centre de trafic de toutes sortes : d’êtres humains, de terres, de bois, d’animaux sauvages et de drogues.
Le Vicariat de l’eau
Notre visite au Vicariat de l’Eau a été un signe d’espoir. Ce vicariat unique en son genre met l’accent sur l’importance matérielle et spirituelle des rivières et autres plans d’eau en étudiant les problèmes liés à l’eau rencontrés par les populations locales, en menant des recherches participatives sur la santé environnementale et la « mémoire de l’eau » des communautés, et en renforçant la sensibilisation et la capacité des leaders communautaires et des agent·e·s pastoraux à plaider sur les questions liées à l’eau. Mgr Miguel Cadenas, évêque d’Iquitos, qui a lancé le vicariat l’année dernière, a déclaré : « Il n’est pas possible d’accompagner les gens sans remarquer les structures qui leur sont défavorables. Nous devions faire entendre notre voix. »
21 de Septiembre : une communauté qui résiste
Pour mieux comprendre certains de ces enjeux, nous avons visité le quartier 21 de Septiembre, dans le district de Punchana, à Iquitos. En 2016, les personnes vivant dans ce quartier ont déposé une requête en injonction contre le brûlage et le déversement d’eaux usées et de déchets solides dans leur cours d’eau. Elles ont également demandé réparation pour la violation du droit à la santé de la population en raison de l’absence de services essentiels tels que l’eau potable, l’évacuation des eaux usées et la collecte des ordures.
Bien que leur plainte ait été jugée recevable en 2023, rien n’a été fait. Les eaux usées provenant de l’abattoir et de l’hôpital locaux continuent de s’écouler sans être traitées. Les inondations saisonnières continuent de remplir les maisons de sang animal, de déchets hospitaliers, d’ordures et d’eaux usées non traitées. Les métaux lourds, les toxines et les agents pathogènes continuent d’imprégner le sol et de s’écouler à travers la rivière Nanay jusqu’à l’Amazone. Je ne peux pas décrire à quel point l’odeur était répugnante.
Plus de 4 000 personnes vivent dans cette zone, dont beaucoup sont des personnes migrantes autochtones. Ce type d’abandon des zones urbaines pauvres n’est pas un cas isolé. Les enfants et les adultes souffrent de maladies et d’empoisonnements. Et pourtant, les résidentes et résidents continuent de se battre avec une résilience remarquable.
Le père Teddy, Mazan et les étudiant·e·s autochtones
Nous avons découvert l’immensité de la forêt tropicale à travers les yeux du père Teddy Parellas, nouvellement ordonné. Il nous a parlé de la vie dans sa mission à Mazán, accessible après un trajet mouvementé en bateau depuis Iquitos, sur l’Amazone. Les communautés sont appauvries et isolées par les distances considérables et les moyens de transport difficiles et coûteux. Les sites de mission peuvent se trouver à 18 heures de bateau. La région amazonienne étant jeune, une grande partie du travail de l’Église se concentre sur les jeunes.
De retour à Iquitos, nous avons rencontré des représentant·e·s de l’Organización de Estudiantes de los Pueblos Indígenas de la Amazonia Peruana (Organisation des étudiantes et étudiants autochtones de l’Amazonie péruvienne, OEPIAP), qui est soutenue par l’un des partenaires de DPCC. Sa présidente, Liria Rojas, nous a expliqué les problèmes particuliers auxquels sont confrontés les étudiantes et les étudiants autochtones qui fréquentent l’université d’Iquitos.
Ils doivent apprendre l’espagnol et surmonter les inconvénients d’un enseignement de piètre qualité dans les langues locales ; s’adapter à la vie urbaine ; apprendre de nouvelles technologies ; et faire face à la pauvreté et à la discrimination dans la solitude et sans soutien culturel. Le trajet entre leur domicile et l’université peut prendre de huit à dix jours. Les droits des autochtones ne font l’objet d’aucune reconnaissance particulière. Ainsi, malgré des fonds limités et l’absence de volonté gouvernementale de les aider, l’OEPIAP défend leurs droits, plaide en faveur de ces étudiantes et étudiants et leur offre amitié et sécurité.
La vallée de Rímac et Cerro de Pasco
En plus de la région amazonienne, nous avons découvert les hauts plateaux andins, avec une excursion à San Mateo, sur les rives du fleuve Rímac, qui alimente la ville de Lima en eau. Le fleuve est menacé par les écoulements de métaux lourds provenant d’un immense dépôt de résidus miniers.
Et bien que nous ne nous soyons pas rendu·e·s à Cerro de Pasco, Wilmar Cosme, directeur de l’organisation partenaire de DPCC, Centro Labor, est venu nous rendre visite.
Il a décrit comment le manque de volonté politique pour réglementer la mine à ciel ouvert qui domine Cerro de Pasco a conduit de nombreuses personnes à présenter des taux élevés de plomb dans le sang, des troubles d’apprentissage et des maladies associées à l’intoxication aux métaux lourds. On sait que cela a déjà coûté la vie à trois jeunes de la région. Malgré ces risques et son importance pour les cycles de l’eau et du carbone, la région de la haute sierra reste relativement négligée.
La théologie de la libération en pratique
Nous avons vécu la théologie de la libération comme la présence de l’Église dans la société, attentive aux besoins des populations, cherchant à percevoir l’Esprit Saint partout, et contribuant ainsi à une société plus juste et plus solidaire. La paroisse Nuestra Señora de la Paz, dans la banlieue de Lima, soutient 42 soupes populaires, gère des jardins biologiques et des ateliers de pâtisserie commerciale, propose des thérapies aux enfants présentant des troubles du comportement, des troubles émotionnels et des difficultés d’apprentissage, ainsi que des programmes d’intervention précoce pour les enfants présentant des troubles du langage et des handicaps, fournit une aide juridique et propose des programmes pour les malades et les personnes âgées. L’hospitalité de la paroisse était aussi chaleureuse que son travail était inspirant.
L’appel d’un cardinal
Certains d’entre nous avaient rencontré le cardinal Pedro Barreto, archevêque émérite de Huancayo, au Pérou, lors du Forum des peuples du jubilé du G7 à Calgary en juin dernier. Nous l’avons revu à Lima. Il nous a encouragés à écouter, à aller à la rencontre des autres et à rechercher la conversion du cœur. En cette période critique, alors que le Pérou célèbre 200 ans d’indépendance et que le monde est confronté à l’effondrement climatique et à de grands conflits, il nous a encouragés à faire confiance à la synodalité et à continuer à « marcher ensemble ».
Et après l’Amazonie ?
La même histoire continue… Les profits sont extraits, et le nettoyage est laissé à celles et ceux qui n’en pas profité et qui ont peu de ressources. Le lendemain de notre retour, mes petits-fils jumeaux sont nés. Rien ne pouvait m’inspirer davantage d’espoir et de joie. Quelle meilleure raison pourrais-je avoir pour renouveler ma détermination à œuvrer pour la justice et la paix et pour être inspiré par l’espoir et la résilience que nous avons rencontrés à Lima et le long de l’Amazonie ?
Si vous en avez l’occasion, je vous recommande vivement un pèlerinage comme celui-ci, où l’on écoute humblement. Cela a été l’un des grands privilèges et l’une des grandes joies de ma vie.
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