Par Dean Dettloff, chargé de plaidoyer et recherche

En 2020, le pape François a publié Querida Amazonia, une exhortation apostolique sur la région amazonienne. Soulignant que les discussions sur l’Amazonie doivent toujours inclure l’importance de ce biome unique et des personnes qui y vivent, le document lance un appel au monde entier pour qu’il aborde l’Amazonie avec soin et justice. Comme l’a clairement indiqué le pape François, « l’intérêt d’un petit nombre d’entreprises puissantes ne devrait pas être mis au-dessus du bien de l’Amazonie et de l’humanité entière ».
La COP30, qui s’est tenue dans la ville amazonienne de Belém, au Brésil, a révélé à quel point ces intérêts peuvent être puissants. Une coalition d’organisations de la société civile a rapporté que 1 600 lobbyistes du secteur des énergies fossiles étaient présents à la conférence, représentant une personne sur 25 à la COP30. Ensemble, ils étaient plus nombreux que les délégations de tous les pays participant à la COP30, à l’exception du pays hôte, le Brésil.



Mais les lobbyistes des énergies fossiles ne sont pas les seuls à vouloir freiner les progrès dans la lutte contre les changements climatiques, la réduction des émissions de carbone et la transition équitable vers des énergies plus propres. Les pays dont l’économie repose sur les énergies fossiles et les industries extractives ont intérêt à ce que les négociations sur le climat n’aient pas d’impact négatif sur leurs résultats financiers, même si ces derniers sont néfastes pour la planète dans son ensemble.
La COP30 représentait l’espace officiel où les gouvernements nationaux négociaient la lutte contre les changements climatiques, mais les mouvements sociaux du monde entier se sont également réunis pour organiser leur propre espace sous la forme d’un Sommet des peuples. Au cours d’ateliers, de rassemblements, de repas communs et autres, des dizaines de milliers de personnes sont devenues les protagonistes du débat mondial sur les changements climatiques. Parallèlement à ces espaces, une importante communauté interconfessionnelle a dialogué dans le cadre d’une série d’événements appelés « tapiri », un terme autochtone désignant les tentes qui servent de refuge aux personnes en déplacement. L’Église catholique s’est réunie dans chacun de ces espaces avec un niveau d’engagement sans précédent.
Avec 70 000 personnes ayant participé à une marche le 15 novembre, la foule rassemblée dans les rues dépassait non seulement le nombre de lobbyistes des énergies fossiles, mais aussi les 56 000 personnes inscrites à la COP30, démontrant ainsi que la population est prête à agir concrètement pour le climat.
Au cours de deux semaines de négociations, la délégation de Développement et Paix ― Caritas Canada (DPCC) a exploré tous ces domaines ainsi que le travail de nos partenaires et des communautés en Amazonie, à la recherche d’occasions de jeter des ponts entre eux, d’amplifier la voix de nos partenaires et d’établir des liens avec les décideurs et la société civile canadiens.
COP30 : un manque d’ambition

Avant le départ de notre délégation pour le Brésil, nous avons identifié quelques grands thèmes à suivre lors de la COP30 : les contributions déterminées au niveau national (CDN), ou les plans proposés par les gouvernements pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ; le financement de la lutte contre les changements climatiques ; et la transition juste.
Comme nous nous y attendions, les CDN ont montré que les pays n’agissent pas avec suffisamment d’ambition pour réduire leurs émissions. Par exemple, selon un rapport gouvernemental publié en fin d’année, le Canada est loin d’atteindre son objectif de réduction des émissions pour 2030.
Les questions liées au financement climatique ont également été décourageantes tout au long des négociations, les pays en situation de vulnérabilité exprimant régulièrement leur besoin de davantage de financement et d’une réduction de leur dette pour progresser, et les pays riches refusant de bouger malgré leur responsabilité prépondérante dans la crise climatique.
En ce qui concerne la transition juste, il y a toutefois eu quelques bonnes nouvelles. Au cours des négociations, la société civile a exprimé haut et fort son soutien au « Mécanisme d’action de Belém » (BAM), un moyen de coordonner et d’intégrer les connaissances, les fonds et les technologies afin de mieux mettre en œuvre une transition juste. À la fin de la conférence et après avoir subi une pression importante, les parties ont convenu de créer un tel mécanisme, démontrant ainsi l’importance d’une action coordonnée de la société civile.
Ironiquement, la COP30 n’est pas allée jusqu’à réaffirmer l’objectif d’élimination progressive des combustibles fossiles. Les parties ont convenu de la nécessité de trouver des moyens plus simples pour faciliter une transition juste, mais n’ont pas pu s’entendre publiquement sur ce dont les pays doivent exactement s’affranchir. Néanmoins, les gouvernements colombien et néerlandais ont convenu d’organiser en 2026 un sommet consacrée à la transition vers l’abandon des combustibles fossiles, ce qui est un signe encourageant.
De son côté, le 18 novembre, le Canada a reçu la désignation ironique de « Fossile du jour » par le Réseau Action Climat International. Ce « prix » récompensait le recul du gouvernement fédéral en matière de politiques climatiques, son manque de leadership, son mépris des droits des peuples autochtones au profit de la promotion de grands projets et l’absence du premier ministre Mark Carney qui, au lieu d’assister à la COP, cherchait à obtenir des investissements des Émirats arabes unis, un important producteur de pétrole. Cela a clairement montré que les Canadiennes et les Canadiens doivent continuer à exhorter leur gouvernement à devenir un leader en matière de justice climatique, à ne pas se contenter de rechercher des gains économiques à court terme, mais à s’ouvrir pleinement au défi commun et mondial de la responsabilité écologique.
COP30 : pourquoi participer ?
Dans l’ensemble, le verdict de la société civile est que la COP30 a été décevante, montrant un manque d’ambition de la part des dirigeants mondiaux. Pourtant, le processus de la COP reste intéressant car :
- La COP est le seul forum mondial où tous les pays ont droit à une voix et se réunissent sur un pied d’égalité pour discuter des changements climatiques ;
- La COP oblige les pays à être plus ouverts et transparents quant à leurs engagements réels en matière d’action climatique ;
- Les Nations Unies affirment le principe des « responsabilités communes mais différenciées ». Cela signifie que tous les pays doivent agir contre les changements climatiques, mais que les pays riches qui polluent le plus ont une responsabilité plus grande. La COP est l’occasion pour les pays appauvris et la société civile de rappeler à ces pays riches, comme le Canada, leurs responsabilités particulières ;
- Enfin, si l’Église et la société civile restent en dehors du processus, les voix les plus fortes qui résisteront seront celles qui s’opposent à l’action urgente et courageuse dont nous avons besoin.
Aussi décevantes, frustrantes ou épuisantes que puissent être les COP, il reste essentiel que les voix prophétiques continuent à faire pression sur les décideurs pour qu’ils agissent de manière juste et équitable en matière des changements climatiques.
L’Église et le Sommet des peuples : incarnation à Belém



Même si la COP30 n’a pas donné les résultats escomptés, elle a été l’occasion d’un rassemblement véritablement porteur d’espoir pour toutes celles et ceux qui croient qu’un autre monde est possible. Le Sommet des peuples, organisé pendant des mois par des mouvements sociaux, dont certains de nos partenaires, a montré que la créativité et le pouvoir d’apporter des changements sont déjà entre les mains des peuples eux-mêmes.
Des ateliers et des groupes de travail ont permis aux personnes participantes d’analyser les nombreuses crises qui se recoupent dans notre monde. La marche historique, avec ses marionnettes géantes, ses clowns, sa musique et ses costumes, a prouvé que l’appel à la justice climatique peut être coloré, imaginatif et joyeux. Et le tapiri a réuni la profonde sagesse des traditions religieuses pour explorer les racines spirituelles de la crise climatique, ainsi que les ressources spirituelles dont nous disposons pour faire quelque chose de différent.
À travers ces nombreux espaces, les contributions des différents secteurs de l’Église catholique – des laïcs, des religieux, des prêtres, des évêques et des cardinaux, des réseaux, des ONG et le Saint-Siège – ont montré une Église synodale, marchant ensemble en interne et en externe. Pour marquer l’occasion, les personnes catholiques présentes à la COP ont organisé une déclaration signée par plus de 80 organisations de plus de 30 pays présents à la conférence, et plus de 400 autres ont signé en quelques jours à l’étranger en signe de solidarité.
Les dirigeants politiques présents à la COP30 n’ont pas trouvé la détermination nécessaire pour sauver notre planète. Pourtant, Belém, qui signifie « Bethléem » en portugais, est néanmoins devenue le berceau d’une incarnation unique de l’attention que Dieu porte à la Création. Comme l’a déclaré le pape Léon XIV dans un message vidéo diffusé pendant les négociations, « Nous cheminons aux côtés des scientifiques, des dirigeants et des pasteurs de toutes les nations et de toutes les confessions. Nous sommes les gardiens de la création, non des rivaux pour ses dépouilles ».
À Développement et Paix – Caritas Canada, nous continuerons à suivre cette voie synodale, en faisant entendre une voix prophétique en faveur de la justice climatique auprès de nos décideurs au Canada.
Pour regarder toutes les photos, visitez notre album Flickr.
Pour lire les entrevues de la délégation lors de la COP30 :
- 20251103 – Anglais seulement, Catholic Saskatoon News: Development and Peace – Caritas Canada at COP30: amplifying the voices of partners in the Global South for global ecological justice
- 20251114 – Anglais seulement, The Trailbreaker – CBC Listen: N.W.T bishop pushing for ecological justice at COP30 climate summit
- 20251116 – Radio-canada, Manitoba : La Franco-Manitobaine Gabrielle Dupuis porte les voix du Sud à la COP 30
- 20251117 – Anglais seulement, Cabin Radio: Q&A: The NWT bishop at the COP30 climate conference
- 20251121 – Anglais seulement, Weekend Yellowknifer: NWT bishop increasingly focused on climate change issues
- 20251127 – Anglais seulement, Catholic Saskatoon News: Development and Peace-Caritas Canada reaffirms its commitment to global ecological justice at COP30 gathering in Brazil
- 20251204 – Anglais seulement, The Catholic Register: A Church ready to speak up for the planet
- 20251210 – Espagnol seulement, CHHA 1610AM: Entrevista sobre la COP30 en Hoy en Toronto