Par Dean Dettloff, chargé de plaidoyer et recherche

Du 10 au 21 novembre, des mouvements populaires du monde entier se réuniront à Belém, au Brésil, pour le sommet de la COP30, où les gouvernements discuteront de la crise climatique. S’appuyant sur les programmes de la COP28 et de la COP29, la réunion au Brésil vise à renforcer les ambitions en matière de financement climatique, à assurer une transition juste vers l’abandon des combustibles fossiles et à maintenir la température mondiale en dessous de 1,5 °C par rapport aux températures préindustrielles, comme convenu il y a dix ans dans l’accord juridiquement contraignant de Paris. Si les objectifs sont ambitieux, les attentes sont faibles, car le multilatéralisme, les engagements climatiques et la stabilité économique suivent des tendances inquiétantes à la baisse dans le monde entier.
Néanmoins, en cette année jubilaire, nous avons l’intention de poursuivre notre cheminement en tant que pèlerins de l’espoir. Une délégation composée de membres, du personnel de Développement et Paix – Caritas Canada (DPCC) et d’évêques du Canada se rendra au Brésil pour rencontrer des partenaires et faire pression en faveur d’un véritable changement, en réponse à ce que le pape François a appelé « le cri de la terre et le cri des pauvres » dans Laudato Si’. Parallèlement aux espaces de négociation officiels organisés par les Nations Unies, des organisations locales organisent un « Sommet des peuples », où des mouvements comme le nôtre et nos partenaires partageront leurs analyses, feront pression sur les décideurs pour qu’ils trouvent le courage d’agir pour le bien commun et construiront ensemble une communauté.
Même si nous ne serons que quelques personnes à être physiquement présentes au Brésil, des événements comme la COP30 sont l’occasion pour nous toutes et nous tous de devenir des protagonistes de la paix, de la justice et de l’espoir, et nous invitons les Canadiennes et les Canadiens à suivre ces événements. DPCC fournira des ressources à ses membres pour qu’elles et ils restent informé·e·s et se préparent à mener des actions de plaidoyer une fois la conférence terminée. Les conférences de haut niveau peuvent être difficiles à suivre, car elles reposent sur des discussions techniques, des acronymes et des connaissances spécialisées. Pour vous aider à suivre, voici quelques-uns des grands thèmes abordés lors de la COP30.
COP30 : Contributions déterminées au niveau national (CDN)
Lors de la COP30, les pays sont tenus de soumettre leurs objectifs en matière d’émissions de gaz à effet de serre d’ici 2035, ainsi que les mesures qu’ils comptent prendre pour atteindre ces objectifs. Ces objectifs et engagements sont décrits dans les contributions déterminées au niveau national (CDN), qui sont des plans d’action climatique soumis par les gouvernements. À l’heure actuelle, les CDN mondiales ne devraient pas suffire à maintenir le réchauffement en dessous de 1,5 degré.
Le Canada a déjà soumis son engagement CDN aux Nations Unies en février 2025, mais l’analyse montre qu’il est bien en deçà de notre juste part. Étant donné que le Canada dépend de l’extraction importante et souvent violente des ressources du Sud, notre contribution aux changements climatiques ajoute à la dette écologique déjà considérable que nous avons envers nos sœurs et nos frères de cette région. Pour que le Canada assume ses responsabilités et fasse preuve de leadership lors de la COP30, il devra trouver le courage d’augmenter ses ambitions en matière d’engagements de CDN à tous les niveaux.
COP30: Financement climatique
La COP27 en Égypte a annoncé la création d’un fonds mondial destiné à indemniser les pays pour les pertes et dommages économiques liés aux changements climatiques. Lors de la COP28, les pays ont annoncé leurs contributions à ce fonds. Bien que le Canada ait versé une contribution initiale de 16 millions de dollars pour la mise en place du fonds, il n’a pas été proactif ni suffisamment généreux pour aider à le remplir.
La question du financement de la réponse mondiale aux changements climatiques est un point de friction constant dans les négociations de la COP. Lors de la COP30, les gouvernements discuteront de la manière d’atteindre le nouvel objectif collectif quantifié convenu lors de la COP29 afin de mobiliser des fonds pour les pays en développement dans le domaine de l’adaptation aux changements climatiques et de l’atténuation de ses effets. Dans sa CDN, le Canada s’est engagé à verser 5,3 milliards de dollars à son enveloppe financière internationale pour le climat. Les acteurs de la société civile canadienne, dont DPCC, ont exhorté le gouvernement à tripler cet engagement pour le porter à 15,9 milliards de dollars entre 2026 et 2031. Cela peut sembler une somme considérable, mais elle ne représente qu’un peu plus d’un dixième du montant prévu par le premier ministre Mark Carney pour les nouvelles dépenses militaires au Canada par an. Pour investir dans la paix, le Canada doit investir dans les efforts mondiaux visant à lutter contre la crise climatique, et non dans davantage d’armements. Le Canada a la capacité et la responsabilité d’agir.
À l’approche de l’année jubilaire, les mouvements de la société civile à travers le monde ont également souligné que la dette souveraine des pays du Sud entrave leur capacité à répondre à la crise climatique. Afin de créer un espace budgétaire pour lutter contre les changements climatiques, il faut annuler les dettes injustes et insoutenables, transformer les règles financières internationales et mettre en place un mécanisme au sein des Nations Unies pour régler la question de la dette.
Il ne peut y avoir de justice climatique sans justice en matière de dette.
COP30: Transition juste
La COP28 a abouti à un accord visant à abandonner les combustibles fossiles, mais les détails et les engagements sur ce que cela signifie à l’échelle mondiale font défaut. La transition vers les énergies renouvelables nécessitera également une extraction accrue de « minéraux critiques », souvent responsables de la destruction de l’environnement et source de violence et de divisions au sein des communautés du Sud. En tant que leader mondial de l’industrie extractive, le Canada est particulièrement bien placé pour soutenir une transition juste, mais il est également particulièrement tenté et en passe de continuer à permettre à l’industrie extractive d’agir en toute impunité, en maquillant les violations des droits humains et les atteintes à l’environnement. Une transition véritablement juste ne peut exiger la destruction et l’exploitation accrues des pays du Sud.
Une coalition historique entre le Nord et le Sud
Le 12 juin 2025, les conférences épiscopales d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie se sont réunies pour publier un communiqué spécial avant la COP30. Dans ce document, les évêques appellent à une « coalition historique entre les acteurs du Nord et du Sud pour faire face aux crises dans un esprit de solidarité ». Au Brésil et au Canada, DPCC explorera comment nous pouvons répondre à cet appel important lancé par l’Église du Sud, en faisant notre part depuis le Nord. Avec les évêques, nous observerons la COP30 dans le but d’approfondir notre solidarité, en rejetant ce que les évêques appellent les « fausses solutions » aux changements climatiques, et en plaidant plutôt pour une protection durable de notre maison commune.
Le Canada pourrait lui aussi faire partie de cette coalition historique, mais il ne le fera que si les citoyennes et les citoyens ont le courage et l’énergie de faire clairement savoir que nous n’attendons rien de moins de notre gouvernement. Rejoignez-nous dans notre pèlerinage d’espoir en suivant la COP30 sur nos réseaux sociaux et dans notre infolettre. À notre retour, nous vous ferons part de nos conclusions et explorerons comment les Canadiennes et les Canadiens peuvent continuer à encourager le gouvernement à prendre des mesures climatiques plus audacieuses à la lumière de la COP30.