Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur

Lectures:
Matthieu 21, 1-11
Isaïe 50, 4-7
Psaume 21 (22), 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a
Philippiens 2, 6-11
Matthieu 26, 14-27, 66
Matthieu 27, 11-54
Une résurrection venue d’en bas :
La foi pascale au cœur des luttes minières en Amazonie brésilienne
Par Père Dário Bossi, missionnaire combonien et membre du réseau Iglesias y Minería
La Semaine Sainte, qui débute avec le dimanche des Rameaux, est l’expression la plus profonde de la maturation de la foi et de la vocation de Jésus. Au cours de la première étape de sa mission en Galilée, Jésus était convaincu que le Royaume de Dieu était proche et qu’il était déjà possible de créer de nouvelles relations de communauté et de solidarité humaine capables de transformer l’histoire.
Cette étape peut être comparée à ce qu’on appelle « l’entrée triomphale à Jérusalem ». Monté sur un âne, contrairement aux chevaux des empereurs romains triomphants, le geste prophétique de Jésus annonce une nouvelle façon d’entrer dans la ville et de vivre dans la polis. Il s’agit d’une nouvelle vision politique, fondée sur le service plutôt que sur le pouvoir et la violence.
Cependant, pendant la Semaine Sainte, la trahison, le reniement, l’abandon et la solitude apparaissent rapidement, suivis de l’arrestation, de la torture violente et de la mort infligées par l’État. Jésus emprunte un autre chemin — plus profond et plus mystérieux, plus difficile et apparemment voué à l’échec — vers le salut, afin que toutes et tous puissent avoir la plénitude de la vie : « il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur (…) devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. » (Phil 2, 7-8). L’utopie du Royaume passe par le dépouillement de soi ; la victoire commence d’en bas et de l’intérieur.
Dans le Maranhão, une région amazonienne du nord-est du Brésil, le réseau Justiça nos Trilhos (Justice sur les rails) est confronté quotidiennement à la disproportion de la lutte et à la distance qui sépare le rêve du Royaume d’une réalité marquée par la mort. Les communautés autochtones, afrodescendantes, paysannes et de pêcheurs, ainsi que les personnes habitant des périphéries urbaines, subissent les conséquences de l’exploitation minière au cœur de l’Amazonie et des infrastructures qui transportent le minerai de fer à travers leurs territoires et leurs vies.
En tant que réseau, ces communautés aspirent à une nouvelle ère où les relations avec toute la Création pourraient revenir « Sur la voie de la justice ». Elles aspirent à une économie fondée sur le partage des biens plutôt que sur le pillage, l’exploitation orientée vers l’exportation, l’enrichissement privé et les impacts publics violents.
Dans leur cri de dénonciation, le psaume 21 résonne – le psaume murmuré par Jésus sur la croix, avec un sentiment angoissé d’abandon et une profonde confiance dans le Père : « Des lions qui déchirent et rugissent ouvrent leur gueule contre moi. Ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort mon vêtement. » Dans ces mots, nous pouvons voir un parallèle douloureux avec les territoires des peuples pillés par les mâchoires voraces de l’exploitation minière.
Ainsi, les communautés du Maranhão vivent une expérience continue de passion et de mort, de rêves brisés et de luttes fragiles. Où se trouve donc la résurrection, cachée « d’en bas et de l’intérieur » ?
Nous sommes inspiré·e·s par les paroles de feu M. Edvard, un leader très regretté de la communauté de Piquiá, touchée par l’exploitation minière. Il appelait les sociétés minières et sidérurgiques des « dragons de fer » et déclarait : « La beauté de notre lutte réside dans le fait que nous ne nous lassons pas ; et chaque fois qu’il y a une défaite, nous réagissons avec encore plus d’énergie et de conviction ».
La résurrection signifie rester debout sous la croix, comme l’ont fait les femmes (Jean 19, 25), sans s’incliner devant le pouvoir impérial ou la moquerie religieuse. La résurrection se trouve dans les communautés du Maranhão, qui restent fermes dans leur résistance, unies en réseaux, continuant à rêver et à réclamer justice, même si leurs territoires continuent d’être menacés.
Debout, même en pleurant, nous entendons à nouveau la voix de Jésus, qui nous appelle et nous envoie à sa rencontre – vivant et en mouvement – dans les Galilées des peuples.