Réflexion hebdomadaire du 5e dimanche du Carême (22 mars 2026)

Réflexion hebdomadaire - semaine 5 - Carême 2026

Lectures :

Ézéchiel 37, 12-14
Psaume 129 (130), 1-2, 3-4, 5-6ab, 7bc-8
Romains 8, 8-11
Jean 11, 1-45

Des ossements desséchés naît un peuple, de la peur surgit un mouvement, de la crise émerge une création nouvelle.

Par Gustave Ineza OP, curé de la paroisse Sacré-Cœur à Toronto

En ce cinquième dimanche du Carême, la Parole de Dieu place devant nous deux images puissantes d’une vie arrachée à la mort : la vallée des ossements desséchés chez Ézéchiel et le tombeau de Lazare à Béthanie. Toutes deux parlent de situations qui semblent sans issue, où la vie s’est retirée et où il ne reste que ce qui est inerte. Pourtant, dans les deux cas, Dieu ne reconnaît pas à la mort le dernier mot.

Par le prophète Ézéchiel, le Seigneur s’adresse à un peuple en exil qui se sent comme une nation déjà ensevelie : « Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter, ô mon peuple » (Ez 37,12). Israël n’est pas seulement blessé ou découragé ; il est comme mort. L’exil, l’oppression et l’humiliation ont vidé le peuple de son souffle. Mais Dieu promet plus qu’un réconfort : il promet une résurrection. « Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez » (Ez 37,14). La vie revient lorsque Dieu insuffle son Esprit dans ce qui semblait perdu à jamais.

Cette prophétie ne concerne pas seulement l’Israël ancien. Elle rejoint toutes les situations où des systèmes d’exploitation, de violence ou de négligence réduisent des personnes à des « ossements desséchés », privées de dignité, de voix et d’espérance. Des communautés entières vivent aujourd’hui comme enfermées dans un tombeau : écrasées par la destruction écologique, les déplacements forcés, l’endettement ou des structures économiques qui privilégient le profit au détriment des personnes. Leurs terres sont meurtries, leurs rivières polluées, leurs modes de vie étouffés. De l’extérieur, on pourrait croire que plus rien de neuf ne peut y germer.

Dans cette réalité, l’Évangile de la résurrection de Lazare résonne avec la même force. Jésus ne reste pas à distance de la mort. Il se rend à Béthanie, se tient devant un tombeau scellé, et pleure. Ses larmes ne sont pas un signe de faiblesse, mais de compassion divine. Avant d’appeler Lazare hors du tombeau, Jésus accepte de ressentir la douleur de Marthe, de Marie et de toute la communauté. Il entre dans leur deuil. Puis il crie d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » (Jn 11,43). Celui qui était lié par les bandelettes funéraires sort du tombeau. Mais le récit ne s’arrête pas là. Jésus se tourne vers ceux qui sont autour et dit : « Déliez-le, et laissez-le aller » (Jn 11,44). Le miracle implique la communauté. Elle doit aider à enlever les signes de la mort et à rendre Lazare à la vie parmi les siens.

C’est ici que la Parole rejoint notre mission. Nous sommes appelés à délier les autres. La foi au Dieu de la vie ne peut pas rester abstraite ni désincarnée. Elle nous pousse vers celles et ceux dont l’existence a été vidée par des systèmes injustes, des communautés blessées par les industries extractives, par la dégradation de l’environnement, par la pauvreté écrasante et l’exclusion.

En ce dimanche de solidarité, alors que nous réfléchissons à la justice écologique et au travail de partenaires qui accompagnent les communautés touchées, nous entendons l’ordre de Jésus qui nous est adressé : « Déliez-les. » Le soutien, la défense des droits, la générosité et une présence fidèle sont des manières d’aider à rouler la pierre des tombeaux modernes. Lorsque nous nous tenons aux côtés de communautés vivant le long de territoires et de voies exploités, lorsque nous dénonçons des structures qui empoisonnent à la fois la terre et les personnes, nous participons à la promesse de Dieu. La spiritualité du don est participation à l’action même de Dieu qui insuffle la vie là où il y a la mort. Chaque geste de générosité, chaque pas Sur la voie de la justice, devient une petite résurrection, un signe que l’Esprit est toujours à l’œuvre.

Le Carême nous conduit vers la croix, où la mort semble triompher. Mais déjà aujourd’hui, au milieu des ossements desséchés et des tombeaux ouverts, il nous est rappelé que Dieu relève les morts. Et il nous invite à être, avec le Christ, des serviteurs de la vie.

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