
Lectures :
Exode 17, 3-7
Psaume 94 (95), 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9
Romains 5, 1-2.5-8
Jean 4, 5-42
Jean 4, 5-15.19b-26.39a.40-42
Oser la rencontre
Par Françoise Lagacé, théologienne et membre de Développement et Paix – Caritas Canada de Gatineau
Une des plus belles rencontres de l’Évangile de Jean. Si inspirante encore aujourd’hui.
Un homme, Juif; une femme, Samaritaine.
Il fallait un puits, en dehors du village, à l’heure du midi, en Samarie, pour que Jésus et la Samaritaine se rencontrent. Pour qu’un dialogue improbable s’engage, un tête-à-tête, un cœur à cœur déterminant, malgré tous les interdits sociaux.
Ce n’était pas l’heure des rendez-vous. Personne n’ose se risquer sous ce soleil de plomb. Pourtant, ils sont là tous les deux, le mendiant et la mal-aimée. Jésus, épuisé par la route, assoiffé, si près du puits, mais sans rien pour puiser de l’eau. Une femme, sans prénom, vient puiser de l’eau, loin de tous regards.
Mais la soif est plus grande que tous les interdits et elle initie un grand chamboulement.
« Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? »
En ces quelques mots, elle souligne tout ce qui les éloigne; tous les préjugées qui nous gardent distant·e·s et méfiant·e·s les uns des autres, encore aujourd’hui.
Mais voilà, une même soif les unit; celle de l’eau quotidienne du puits, mais surtout une soif plus profonde que Jésus réveille en elle.
Au bord du puits, chacun d’eux a besoin de l’autre. Et c’est là, malgré toutes les contraintes imposées, que retentit la Bonne Nouvelle. Il fallait cette quête profonde et une audacieuse liberté pour que cela advienne.
« Dites, Si c’était vrai tout cela, Je dirais oui, oh, sûrement, je dirais oui. Parce que c’est tellement beau tout cela, quand on croit que c’est vrai. » (Jacques Brel)
Et la femme laisse sa cruche, va en ville et dit aux hommes
« Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait.»
Ils sortent de la ville et viennent à lui.
Que de mouvements, d’actions déterminantes dans ces quelques phrases. La femme ose ce retour missionnaire vers son village. Jésus lui a redonné parole et dignité. Elle devient alors la première messagère de la Bonne Nouvelle chez les Samaritains.
Cette rencontre au puits vient donner tout son sens à tant de petits gestes quotidiens qui nous relient les uns aux autres. Le pape François, avec Fratelli tutti, nous appelle à l’art de la rencontre. Il parle de ce nouveau rêve de fraternité et d’amitié sociale.
Un rêve qui nous met en marche.
« En marche, les affamés et les assoiffés de dignité, de justice et de paix.
Oui, Ils seront rassasiés. » traduit André Chouraqui.
Les rêves se construisent ensemble, activement : Il faut, dit le pape, se rapprocher, s’écouter, se regarder, se connaître, essayer de se comprendre, chercher des points de contact… il faut dialoguer. Pour nous rencontrer et nous entraider, nous avons besoin de dialoguer.
Comment ce récit nous rejoint-il aujourd’hui? « À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » Jean 13, 35
Oui, « c’est de l’amour qu’on a pour une personne que dépend le don qu’on lui fait » (Fratelli tutti, §93)
« Je forme le vœu qu’en cette époque que nous traversons, en reconnaissant la dignité de chaque personne humaine, nous puissions tous ensemble faire renaître un désir universel d’humanité. Tous ensemble : « […] Personne ne peut affronter la vie de manière isolée. […] Nous avons besoin d’une communauté qui nous soutient, qui nous aide et dans laquelle nous nous aidons mutuellement à regarder de l’avant. Comme c’est important de rêver ensemble ! […] » (Fratelli tutti, §8)
Et si nous dialoguions ensemble au bord d’un puits, en relisant Fratelli Tutti.
« Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. » (Jean 4, 15)