
Lectures:
Genèse 2:7-9, 16-18, 25; 3:1-7
Psaume 51
Romains 5:12-19
Matthieu 4:1-11
Repentir des péchés personnels et sociaux
Par le Dr Peter E. Baltutis, titulaire de la chaire CWL d’études catholiques, Université St. Mary’s, Calgary
Les lectures du premier dimanche de Carême sont toutes centrées sur le thème du péché dans le monde.
La première lecture tirée de la Genèse explique comment le péché est apparu dans le monde. Après avoir créé les êtres humains et planté un jardin où la vie pouvait s’épanouir (Gn 2, 7-9), Dieu a ordonné aux premiers humains de ne pas manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal (Gn 2, 16-18). Jusqu’ici, dans Genèse 1-2, Dieu a défini ce qui est bien et ce qui est mal. Cependant, dans la Genèse 3, Dieu accorde aux êtres humains la liberté de choix : vont-ils se fier à la définition de Dieu du bien et du mal ou vont-ils saisir leur autonomie et définir ces termes par eux-mêmes ? En désobéissant à Dieu (Gn 3, 6), nous voyons comment le péché d’Adam et Ève a rapidement dégénéré. Les premières victimes ont été les relations humaines. L’homme et la femme ont soudainement réalisé à quel point ils étaient vulnérables ; ils ne pouvaient même plus se faire confiance. Ils ont fabriqué des vêtements et se sont cachés l’un de l’autre (Gn 3, 7).
Dans le psaume responsorial, nous observons la deuxième conséquence du péché : l’éloignement de Dieu. Le psaume 51 est la prière d’une personne qui souffre profondément de la culpabilité de son péché et qui déplore son éloignement de Dieu. Dans les deux premiers versets, l’auteur supplie Dieu d’« effacer » ses transgressions et de « laver » son péché. De plus, dans le troisième et le quatrième verset, le psalmiste demande « un cœur pur » et « un esprit nouveau et droit » qui lui permettrait de rétablir une relation juste avec Dieu.
Dans la deuxième lecture tirée de l’épître aux Romains, Paul conclut qu’en raison du « péché originel » de la désobéissance d’Adam (Gn 3, 1-7), le pouvoir du péché a corrompu toute l’humanité, qui se trouve désormais en rébellion ouverte contre le Créateur (Rm 5, 12-14). Dans l’Évangile, nous voyons que même Jésus est tenté par le diable de pécher en se rebellant contre Dieu (Mt 4, 1-11). Cependant, le Christ rejette le diable à trois reprises (Mt 4, 4, 7, 10). Dans chacun de ses refus, Jésus cite le livre du Deutéronome (Dt 8, 3 ; 6, 13, 16). Ce lien est intentionnel. L’épreuve de Jésus récapitule l’expérience du peuple d’Israël. Au cours de son errance dans le désert, Israël et ses dirigeants ont souvent manqué à l’alliance conclue avec Dieu. Mais Jésus, Juif fidèle et Fils fidèle de Dieu, ne faillira pas malgré les efforts de Satan pour l’éloigner de sa mission salvifique. Selon saint Paul, l’action de Dieu en Christ contraste totalement avec les effets désastreux du virus du péché et « de même par l’obéissance d’un seul la multitude sera-t-elle rendue juste » (Rm 5, 15-21).
Qu’est-ce que tout cela signifie pour nous ? Nous vivons dans un monde déchu, rempli de péchés. Le péché individuel, qui consiste à rejeter la définition de Dieu du bien et du mal pour suivre la nôtre, devient rapidement incontrôlable. Les péchés personnels ont également des implications sociales, nous éloignant de nos semblables et nous isolant de Dieu. Saint Jean-Paul II, dans son encyclique papale de 1987 Sollicitudo Rei Socialis (Sur les préoccupations sociales), a approfondi cette idée et a abordé le concept de « péché social » ou de « structures du mal ». Ce terme théologique fait référence aux péchés personnels des individus qui se consolident en structures devenant la source de nouveaux péchés pour les autres (§36). On peut citer comme exemples les lois, les structures sociales ou les systèmes économiques qui violent les droits humains, victimisent les personnes les plus démunies ou institutionnalisent une répartition injuste des biens. Saint Jean-Paul II a utilisé le terme de péché social pour décrire le fossé croissant entre les nations riches et pauvres, opposant la surabondance dont jouissent quelques-uns à la lutte désespérée pour la survie que mènent tant d’autres (§35-40). Le pape Benoît XVI, dans son encyclique de 2009 Caritas in Veritate (La charité dans la vérité) et le pape François, dans son exhortation apostolique de 2013 Evangelii Gaudium (La joie de l’Évangile), ont fourni des listes plus longues de structures sociales néfastes, notamment la discrimination raciale, l’impérialisme, le colonialisme, le militarisme, la dégradation de l’environnement, le consumérisme et les relations économiques abusives.
Pendant ce Carême, nous sommes appelé·e·s à la repentance. La réalité du Royaume de Dieu et la conscience de vivre dans une nouvelle ère décisive de salut devraient nous inciter à changer notre façon de penser et d’agir. La pierre de touche d’une repentance authentique réside dans les bonnes actions. Nous devons rejeter le péché dans notre vie personnelle (par le sacrement de la réconciliation et par des actes individuels de charité) et dans notre vie sociale (en soutenant le travail de Développement et Paix – Caritas Canada, en particulier à travers la campagne Sur la voie de la justice).