Par le père Daoud Khoury, de l’Église orthodoxe grecque ; le père Jack-Nobel Abed, de l’Église catholique grecque melkite ; et le père Bashar Fawadleh, de l’Église catholique latine

Alors que l’attention du monde entier se concentre à juste titre sur Gaza, où Israël a tué plus de 57 000 personnes (voir aperçu en anglais), trois prêtres palestiniens tirent la sonnette d’alarme sur les atrocités commises en Cisjordanie.
Depuis janvier 2024 seulement, les colons et/ou les forces militaires israéliens ont mené plus de 2 000 attaques, démoli près de 2 600 structures, tué 633 personnes et blessé près de 5 000 autres à travers la Cisjordanie (voir aperçu en anglais). Au début de cette semaine, des colons violents ont failli incendier l’église historique Saint-Georges à Taybeh, dans le gouvernorat de Ramallah et al-Bireh. Faisant preuve de leur « responsabilité pastorale et morale » envers la communauté, les trois prêtres de la ville ont publié une déclaration « condamnant fermement la série d’attaques graves et continues visant Taybeh ».
Dans le cadre de l’engagement de Développement et Paix – Caritas Canada à faire entendre les voix de la Terre Sainte, nous republions ici la déclaration des prêtres (traduite de l’anglais) avec leur aimable autorisation.
Déclaration des prêtres des églises de Taybeh – Ramallah / Palestine concernant les attaques répétées des colons contre les terres, les lieux saints et les biens
8 juillet 2025
Nous, prêtres des trois églises de Taybeh ― l’Église grecque orthodoxe, l’Église latine et l’Église grecque-catholique melkite ―, élevons nos voix au nom des habitant·e·s de notre ville et de nos paroissien·ne·s pour condamner fermement la série d’attaques violentes qui visent Taybeh. Ces agressions menacent la sécurité et la stabilité de notre ville et visent à porter atteinte à la dignité de ses habitant·e·s et au caractère sacré de son territoire.
Le lundi 7 juillet 2025, des colons ont délibérément mis le feu près du cimetière de la ville et de l’église historique Saint-Georges (Al-Khadr), datant du Ve siècle, l’un des plus anciens monuments religieux de la Palestine. Sans la vigilance des habitantes et des habitants et l’intervention rapide des pompiers, les dégâts auraient pu être bien plus catastrophiques.
Dans une scène aussi provocante que banalisée, les colons continuent de faire paître leur bétail sur les terres agricoles de Taybeh, y compris les champs appartenant à des familles et les zones proches des habitations, sans que les autorités n’interviennent pour les en dissuader. Ces violations vont au-delà de la provocation ; elles causent un préjudice direct aux oliviers, source vitale de revenus pour les habitant·e·s de Taybeh, et empêchent les agricultrices et les agriculteurs d’accéder à leurs terres et de les cultiver.
La partie orientale de Taybeh, qui représente plus de la moitié du territoire de la ville et concentre l’essentiel de son activité agricole, est devenue une cible facile pour les avant-postes de colonies illégales qui s’étendent discrètement sous la protection de l’armée. Ces avant-postes servent de base à de nouvelles attaques contre les terres et ses habitant·e·s.
En tant que prêtres, nous avons une responsabilité pastorale et morale envers notre communauté. Nous ne pouvons rester silencieux face à ces attaques incessantes qui menacent notre existence même sur cette terre. Taybeh, connue dans l’Évangile sous le nom d’« Éphraïm », lieu où Jésus s’est retiré avant sa Passion (Jean 11, 54), est la dernière ville entièrement chrétienne de Cisjordanie. Sa population entièrement chrétienne représente une présence unique dans la région, un témoignage vivant qui remonte à l’époque du Christ. Cet héritage spirituel et culturel durable, fidèlement préservé par les habitant·e·s de Taybeh à travers les générations, est aujourd’hui gravement menacé d’érosion et de déplacement en raison des attaques systématiques contre les terres, les lieux sacrés et la communauté locale.
Nous appelons les actrices et les acteurs locaux et internationaux, en particulier les consuls, les ambassadrices et ambassadeurs ainsi que les représentant·e·s des Églises du monde entier, à prendre les mesures suivantes :
- Lancer une enquête immédiate et transparente sur les incendies criminels et les attaques continues contre les biens, les terres agricoles et les lieux saints ;
- Exercer une pression diplomatique sur les autorités d’occupation afin qu’elles mettent fin aux actions des colons et les empêchent d’entrer ou de faire paître leurs troupeaux sur les terres de Taybeh ;
- Envoyer des délégations internationales et ecclésiastiques pour effectuer des visites sur le terrain, documenter les dégâts et témoigner de la détérioration de la situation sur le terrain ; et
- Soutenir la population de Taybeh par des initiatives économiques et agricoles, et renforcer sa résilience par un accompagnement juridique efficace.
Nous croyons que la Terre Sainte ne peut survivre sans son peuple autochtone. Expulser de force les agricultrices et les agriculteurs de leurs terres, menacer leurs églises et encercler leurs villes revient à blesser le cœur vivant de cette nation. Pourtant, nous restons fermes dans notre foi commune et espérons que la vérité et la justice finiront par prévaloir.
.