Par le Conseil apostolique national de la Compagnie de Jésus au Honduras

La semaine dernière au Honduras, des hommes armés ont tué 25 personnes, dont six membres de la police, lors de deux attaques distinctes. La plus meurtrière des deux a coûté la vie à 19 paysan·ne·s travaillant dans une plantation de palmiers à huile à Rigores, dans la région du Bas-Aguán, au sein du département de Colón.
Comme l’a souligné la récente campagne Solidaires pour la terre de Développement et Paix – Caritas Canada, les communautés rurales du Honduras sont souvent confrontées à la violence et à l’intimidation, non seulement de la part de magnats sans scrupules, mais aussi des autorités locales. La complicité des politiciennes et des politiciens dans de nombreux abus est mise en évidence par l’arrestation d’un ancien maire pour le meurtre de Juan López, militant catholique pour l’environnement, dont l’assassinat a constitué l’un des événements tragiques marquants de la chronologie présentée dans notre campagne.
Cette déclaration, publiée en espagnol par les jésuites du Honduras, condamne ce dernier massacre et demande l’ouverture d’une enquête internationale sur cet incident. Elle est reproduite ici en traduction avec leur autorisation.
Rigores : Besoin urgent d’une commission internationale pour la protection et le soutien effectif des familles, des communautés et des organisations paysannes en danger dans le Bas-Aguán
Le Conseil national de la Compagnie de Jésus au Honduras exprime son indignation et sa condamnation face au massacre de paysannes et paysans survenu le 21 mai à Rigores, dans la municipalité de Trujillo, département de Colón, et nous exprimons notre solidarité avec les familles et les communautés des victimes.
- La région du Bas-Aguán et, plus généralement, le département de Colón, sont marqués depuis des années par un lourd passé de conflits agraires, de militarisation, de menaces, de violence criminelle et organisée, qui a entraîné des déplacements de population et des assassinats. Dans ce contexte, le massacre de Rigores ne peut faire l’objet d’une enquête menée avec la superficialité qui a si souvent caractérisé le traitement des crimes contre les communautés paysannes. La Conférence épiscopale du Honduras l’exprime bien : « En tant que pasteurs de l’Église et membres de cette société, nous ne pouvons accepter de justifications superficielles face à des faits aussi horribles, qui ont ensanglanté et endeuillé tant de familles innocentes »
- Lorsque des hommes, des femmes, des adolescents et des jeunes des zones rurales sont assassiné·e·s dans des conditions qui témoignent d’une violence structurelle, organisée et soutenue, cela met en jeu non seulement la vie des victimes directes, mais aussi l’État de droit, la confiance du public dans les institutions et le droit des communautés paysannes à vivre, à travailler et à revendiquer la terre, la dignité et la protection sans être persécutées ni exterminées.
- Il ne suffit pas que les autorités affirment mener des enquêtes, alors que l’histoire récente montre que trop d’affaires aboutissent à l’oubli, à la manipulation ou à l’abandon. C’est pourquoi nous proposons et exigeons de l’État du Honduras la mise en place d’une commission d’enquête internationale placée sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies, avec la participation d’acteurs locaux et nationaux, qui soit indépendante, technique, crédible et dotée de toutes les garanties nécessaires pour faire la lumière sur ce massacre et déterminer les responsabilités et les sanctions correspondantes. Une commission de cette nature est nécessaire, car l’ampleur du crime et le climat de violence qui règne dans la région dépassent la capacité, et la volonté, des instances nationales d’apporter des réponses fiables.
- Nous exigeons également la protection et le soutien effectif des familles, des communautés et des organisations paysannes en danger dans le Bajo Aguán ; le démantèlement des structures armées illégales et des réseaux criminels opérant dans la région, ainsi que la fin de toute forme de tolérance, de complicité ou de collusion entre les agents de l’État et les acteurs violents irréguliers ; et l’adoption de mesures globales pour traiter de manière juste, légale et durable les conflits agraires, en s’attaquant à leurs causes historiques et structurelles.
- Se taire face à Rigores reviendrait à accepter que le sang des paysan·ne·s soit traité comme étant jetable. On ne peut pas parler de paix tant que les communautés rurales restent exposées à une violence meurtrière. On ne peut exiger la confiance dans les institutions alors que l’impunité a trop souvent été la réponse face au meurtre de celles et ceux qui luttent pour survivre à la campagne.
- Par notre prière solidaire et engagée, nous exhortons également la société hondurienne, les Églises, les organisations de défense des droits humains, la communauté internationale et tous les secteurs engagés pour la paix à ne pas garder le silence face à cette nouvelle atrocité.
Conseil apostolique national de la Compagnie de Jésus au Honduras
Yoro, Honduras, 22 mai 2026