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Les dépenses militaires sèment la séparation et non la solidarité

Par Dean Dettloff, chargé du plaidoyer et de la recherche

Guernica - Pablo Picasso (Steven Zucker/CC BY-NC-SA 2.0)
Guernica, peint par Pablo Picasso en 1937 en réponse au bombardement de la ville basque du même nom cette année-là, est considéré comme l’une des plus grandes œuvres d’art anti-guerre. Cette peinture à l’huile monumentale, qui dépeint les horreurs grotesques du militarisme, est exposée au musée Reina Sofía à Madrid, en Espagne. (Steven Zucker/CC BY-NC-SA 2.0)

Développement et Paix – Caritas Canada (DPCC) est profondément préoccupé par l’annonce faite par le gouvernement du Canada d’« investir 5 % du PIB annuel d’ici 2035 » dans les capacités militaires et de défense afin d’« assurer notre sécurité individuelle et collective. »

En 2023, cela aurait représenté des dépenses de plus de 107 milliards de dollars. Cette somme augmentera au fur et à mesure que le PIB du Canada augmentera au cours de la prochaine décennie. Le premier ministre Mark Carney a prévu que cela pourrait coûter jusqu’à 150 milliards de dollars par an et que la réalisation de cet objectif pourrait entraîner des réductions dans d’autres domaines.

Comme l’a dit le pape Léon XIV, « Comment peut-on continuer à trahir les aspirations de paix des peuples par la propagande mensongère du réarmement, dans l’illusion vaine que la suprématie résout les problèmes au lieu d’alimenter la haine et la vengeance ? Les gens sont de moins en moins ignorants des sommes d’argent allant dans les poches des marchands de mort et qui pourraient servir à construire des hôpitaux et des écoles ; au lieu de cela, on détruit ceux qui existent déjà ! »

Les dépenses militaires sont contre-productives

Lors de l’annonce, le premier ministre Carney a déclaré : « Le monde est de plus en plus dangereux et divisé. Le Canada doit renforcer sa défense pour mieux protéger sa souveraineté, ses intérêts et ses alliés. » Le monde est en effet de plus en plus dangereux et divisé, mais l’augmentation des dépenses militaires ne servira qu’à rendre le monde plus enclin à la violence, et non à y mettre fin.

Dans Populorum Progressio, l’encyclique qui a donné son nom à DPCC, le pape Paul VI a expliqué à juste titre que le développement est « le nouveau nom de la paix » et que « la paix ne se réduit pas à une absence de guerre, fruit de l’équilibre toujours précaire des forces. »

Des dépenses aussi importantes dans le secteur de l’armement et le secteur militaire sont particulièrement inquiétantes, alors que de nombreux pays continuent à réduire leurs engagements en matière d’aide internationale et d’aide publique au développement. Elles révèlent un monde qui se prépare à la destruction, et non à la solidarité. Le Canada n’a jamais atteint l’objectif convenu de longue date de consacrer 0,7 % de son revenu national brut (14,77 milliards de dollars sur la base d’un RNB de 2,11 billions de dollars en 2023) à l’aide publique au développement. Le fait que le Canada consacre maintenant plus de dix fois ce montant à son budget militaire est un signe flagrant de l’inversion des priorités en ce qui concerne la dignité humaine.

Il y a des priorités plus importantes

L’ampleur de la nouvelle promesse de dépenses militaires du Canada devrait nous inciter à réfléchir à d’autres façons d’utiliser ces fonds pour créer les conditions de la paix.

En ce qui concerne les dépenses climatiques, les recherches de la société civile indiquent que, pour faciliter une transition juste vers une économie verte, le Canada ne devrait dépenser que 2 % de son PIB par an sur une période de cinq ans. Les groupes de défense de l’environnement ont encouragé le Canada à tripler son engagement actuel en matière de financement de la lutte contre les changements climatiques pour atteindre 15,9 milliards de dollars par an, ce qui représente un peu plus d’un dixième de la projection du premier ministre concernant les nouvelles dépenses militaires. Un tel montant serait encore inférieur à la part équitable estimée du Canada dans le financement mondial de la lutte contre les changements climatiques, mais il constituerait un pas dans la bonne direction.

Dans les secteurs sociaux également, l’argent peut être dépensé de manière beaucoup plus efficace. Par exemple, selon le bureau du directeur parlementaire du budget, le nombre de sans-abri au Canada pourrait être réduit de 50 % avec seulement 3,5 milliards de dollars par an. Répondre à la principale recommandation de l’Association canadienne pour la santé mentale, à savoir un financement adéquat des soins de santé mentale et des services d’aide aux toxicomanes, ne coûterait que 5,3 milliards de dollars.

Le Canada n’a pas besoin d’investir l’argent de sa population dans les moyens de la guerre, mais dans les moyens de la paix, qui est la seule voie durable pour assurer une sécurité véritable et durable à ses citoyen·ne·s.

Les dépenses militaires sont scandaleuses

Comme nous l’a rappelé le pape François dans Spes non confundit, la bulle papale annonçant l’année jubilaire :

« Il est scandaleux que, dans un monde doté d’énormes ressources largement consacrées aux armements, les pauvres constituent la majeure partie, des milliers de millions de personnes. Aujourd’hui, ils sont présents dans les débats politiques et économiques internationaux, mais il semble souvent que leurs problèmes se posent comme un appendice, comme une question qui s’ajoute presque par obligation ou de manière marginale, quand on ne les considère pas comme un pur dommage collatéral. De fait, au moment de l’action concrète, ils sont relégués fréquemment à la dernière place. »

Nous encourageons le gouvernement à reconsidérer cet engagement et à le renverser en investissant dans la solidarité et non dans la séparation. Le Canada peut et doit être un leader pour la paix.

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