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Laudato Si’ : pourquoi l’encyclique est plus importante que jamais 10 ans après 

Par Dean Dettloff, chargé de recherche et de plaidoyer 

Pope Francis - Laudato Si

Il y a dix ans, le pape François publiait Laudato Si‘, une encyclique qui a galvanisé le mouvement climatique. Dans cette lettre historique, François nous a mis au défi d’entendre « tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres » (§49) et a appelé à une « conversion écologique » (§217). En cette année jubilaire, Laudato Si’ revêt une nouvelle importance, non seulement en raison de son 10e anniversaire, mais aussi parce que parmi les nombreux thèmes de l’encyclique figure l’attention portée à la dette financière et écologique

Laudato Si’ sur le piège de la dette 

« La dette extérieure des pays pauvres s’est transformée en un instrument de contrôle », écrit le pape François (§52), ajoutant que « Il y a, en effet, une vraie “ dette écologique ”, particulièrement entre le Nord et le Sud, liée à des déséquilibres commerciaux, avec des conséquences dans le domaine écologique, et liée aussi à l’utilisation disproportionnée des ressources naturelles, historiquement pratiquée par certains pays. » (§51). 

Comment la dette extérieure peut-elle contrôler les pays appauvris ? En théorie, la dette devrait permettre aux pays de combler temporairement un déficit financier, en leur permettant d’investir dans le développement qui améliore leur situation économique, de sorte que le débiteur et le créancier en profitent tous les deux. Cependant, pour diverses raisons, la dette peut avoir l’effet inverse, en freinant les améliorations économiques. 

Si les taux d’intérêt sont trop élevés, par exemple, et qu’un pays subit un choc inattendu (comme une pandémie, les répercussions d’un conflit ou l’instabilité des relations commerciales), la dette peut rapidement augmenter bien plus vite que ce que l’économie ne peut le supporter. Si les créanciers n’annulent pas ou ne restructurent pas la dette dans ces situations, les pays sont contraints de continuer à payer même s’ils savent qu’ils ne seront jamais en mesure de rembourser entièrement le prêt. Contrairement aux particuliers ou aux entreprises, les pays ne peuvent pas faire faillite; ils sont donc coincés dans un cycle d’emprunts et de remboursements, allant même jusqu’à contracter de nouveaux emprunts pour rembourser d’anciens emprunts. Dans une telle situation, les pays perdent souvent leur souveraineté économique et doivent accepter des conditions défavorables, comme la privatisation des services publics ou la réduction des budgets sociaux, pour pouvoir se qualifier à de nouveaux prêts. 

Laudato Si’ et les liens entre la dette économique et la dette écologique 

On pourrait penser que les questions de finance internationale ou de dette souveraine sont trop techniques et trop loin de problèmes plus urgents comme les changements climatiques. Pourtant, le pape François insiste sur le fait que « Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale » (§139). En parlant de « dette écologique », il nous encourage à renverser nos hypothèses habituelles et à nous demander, lorsqu’il s’agit de notre système mondial, qui doit vraiment à qui ? 

Notre économie mondiale, façonnée par des siècles de colonialisme et, aujourd’hui, de néocolonialisme, extrait des ressources, des profits et de la main-d’œuvre des populations et des terres de la périphérie du monde pour les drainer vers les centres économiques. Le Canada, en particulier, a permis cet arrangement économique et en a profité en parrainant et en hébergeant de nombreuses sociétés d’extraction dans le monde. Nos partenaires du Sud, qui connaissent les Canadien·ne·s pour leur générosité et leur sens de la justice, nous rappellent souvent qu’un grand nombre des sociétés minières et énergétiques qui détruisent l’environnement et violent les droits humains dans leurs communautés sont basées ou financées au Canada.  

En outre, les populations du Sud sont confrontées aux effets des changements climatiques, tels que les sécheresses et les inondations, beaucoup plus intensément que celles du Nord, bien que les changements climatiques soient principalement dû aux modes de production et de consommation du Nord. Comme le pape François nous l’a rappelé il y a dix ans, nous avons une véritable dette écologique envers le Sud, une dette que le Nord ignore régulièrement tout en exigeant que les dettes financières soient remboursées. 

Une décennie de dette et de destruction 

Aujourd’hui, dix ans après la publication de Laudato Si’, les décideurs n’ont pas écouté les paroles audacieuses du pape François sur ces questions. Au contraire, la crise de la dette et la crise climatique sont toutes deux à leur apogée. 

Selon un rapport 2024 de notre organisation sœur Misereor, l’agence de développement des évêques catholiques d’Allemagne, et Erlassjahr, le mouvement allemand du Jubilé, 60 pays se trouvent dans une situation d’endettement critique, et 24 autres dans une situation très critique. L’argent de ces pays sert à rembourser les créanciers plutôt qu’à réaliser les investissements nécessaires dans les services de base comme l’éducation et les soins de santé. Les femmes sont particulièrement touchées lorsque ces pays cherchent à économiser de l’argent en réduisant les services publics, qui ont tendance à employer davantage de femmes, lesquelles sont souvent contraintes d’assumer davantage de tâches domestiques. 

Sur le plan environnemental, les dix dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées, selon l’Organisation météorologique mondiale. Dans Laudate Deum, le pape François a réfléchi au temps qui s’est écoulé entre le moment où il a écrit Laudato Si’ et la conférence COP28 de 2023 sur les changements climatiques, en écrivant : 

« Mais je me rends compte au fil du temps que nos réactions sont insuffisantes alors que le monde qui nous accueille s’effrite et s’approche peut-être d’un point de rupture. Quoi qu’il en soit de cette éventualité, il ne fait aucun doute que l’impact du changement climatique sera de plus en plus préjudiciable à la vie et aux familles de nombreuses personnes. Nous en ressentirons les effets dans les domaines de la santé, de l’emploi, de l’accès aux ressources, du logement, des migrations forcées, etc. ». (§2) 

Chacun de ces domaines est également affecté par la dette économique. Pour le pape François, une approche d’« écologie intégrale » signifie comprendre comment tout est intégré et connecté, ce qui signifie que lorsqu’un problème émerge dans un domaine, comme la finance internationale, nous pouvons nous attendre à ce que cela entraîne d’autres problèmes, comme la lutte contre la crise climatique, d’autant plus difficiles à résoudre. 

Transformer la dette en espoir 

Heureusement, le pape François ne nous a pas laissé sans outils pour construire une alternative. En décembre 2024, il a appelé les gens à soutenir la campagne mondiale Transformer la dette en espoir, qui est soutenue ici au Canada par de nombreuses organisations œcuméniques et par la société civile. Et vous pouvez vous impliquer. 

Pour célébrer l’anniversaire de Laudato Si’ et honorer l’héritage du pape François, des personnes du monde entier organisent un Relais de l’espoir entre le 24 et le 28 mai 2025. Pendant cette période, les gens se rassembleront et partageront la flamme d’une bougie pour symboliser l’espoir. 

Ensemble, nous pouvons faire avancer les paroles prophétiques du pape François, en montrant clairement aux décisionnaires que le monde veut une justice pour la dette. Comme il nous l’a rappelé, « Nous avons besoin de renforcer la conscience que nous sommes une seule famille humaine. Il n’y a pas de frontières ni de barrières politiques ou sociales qui nous permettent de nous isoler, et pour cela même il n’y a pas non plus de place pour la globalisation de l’indifférence » (LS, §52). 

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