Par Kate Bosman, Noah Varghese et Haadi Khan, membres du club de justice sociale Développement & Paix de l’école secondaire catholique Mother Teresa.

L’un des moyens utilisés par le programme DPCC Jeunesse de Développement et Paix – Caritas Canada pour aider les jeunes « à s’engager dans les questions de justice sociale et mondiale sous l’angle de leur foi » consiste à les amener à réfléchir aux coûts et aux conséquences de nos choix de mode de vie. Généralement, cela se fait en leur remettant des badges lorsqu’ils accomplissent des activités recommandées. Cependant, parfois, les élèves s’approprient vraiment le programme et le mettent en œuvre pour concevoir et réaliser leurs propres activités avec beaucoup d’initiative et de créativité. Lisez l’histoire d’un de ces cas et laissez-vous inspirer !
Le 28 novembre, jour du Vendredi fou, le club de justice sociale Développement & Paix de l’école secondaire catholique Mother Teresa, à London, en Ontario (vor site Web en anglais), a organisé une Fête d’échanges. En cette journée de consommation effrénée où les achats sont à l’ordre du jour, cet événement a encouragé l’idée que « nouveau ne signifie pas toujours meilleur ».
En amont de cet événement, le club avait invité les étudiantes et les étudiants ainsi que le personnel à faire don d’articles « déjà aimés » qui pourraient être appréciés par quelqu’un d’autre dans notre communauté (voir publication d’Instagram en anglais). Pendant les trois pauses du Vendredi fou, nous avons installé un kiosque dans le forum où les étudiant·e·s et le personnel pouvaient faire des « achats d’occasion ». Parmi les articles donnés disponibles à l’échange, on trouvait notamment des vêtements, des livres, des jouets, un clavier de piano et même un hamac !
La Fête d’échanges était un événement inclusif. Celles et ceux qui n’avaient pas fait de don auparavant pouvaient le faire en échangeant un objet qu’ils avaient apporté de chez eux. Les participant·e·s pouvaient aussi simplement choisir un objet qui leur plaisait. Cette formule a permis à tout le monde y compris aux étudiant·e·s qui n’avaient pas d’objets à offrir, ou qui l’avaient oublié, de prendre part à l’événement et d’en retirer des enseignements.
Repenser le Vendredi fou
Nous avons organisé cet événement lors du Vendredi fou afin de lutter contre la surconsommation, de promouvoir l’idée que « l’ancien est toujours bon » et de favoriser une culture de la vie au sein de la communauté scolaire. Notre club a reconnu la nécessité d’un changement d’attitude envers les articles « déjà aimés » et a voulu agir en ce sens. La Fête d’échanges a incité les élèves à faire davantage de dons, à « dénicher » et à accepter les vêtements usagés des membres de la communauté.
Nous avons compris que même si les nouveautés sont parfois nécessaires, elles ne sont pas toujours fabriquées de manière éthique. Cet événement a suscité l’enthousiasme des participant·e·s à l’idée d’acquérir quelque chose de « nouveau » sans nécessairement avoir à l’acheter. Il a permis à des étudiant·e·s qui n’avaient peut-être pas les moyens financiers nécessaires d’obtenir quelque chose pour eux-mêmes ou pour leurs proches.
Notre mission avec cet événement était de sensibiliser le public aux inégalités qui existent à travers le monde en matière de mauvaises conditions de travail, de travail forcé, de salaires injustes, de répartition inéquitable des richesses et de dommages environnementaux causés par l’industrie de la mode éphémère (fast fashion, en anglais). Nous avons également cherché à diffuser un message invitant notre communauté à commencer par apporter de petits changements qui profitent à toutes et tous, car ces petits changements d’aujourd’hui contribueront à faire une différence significative demain.
Pourquoi le Vendredi fou devrait passer de mode ?
Nous avons sensibilisé le public à l’impact néfaste de l’industrie de la mode sur l’environnement et expliqué pourquoi trouver d’autres façons de faire ses achats est le meilleur moyen de protéger notre planète, de soutenir toute forme de vie et de vivre en solidarité avec les autres.
Bien que les estimations varient, la fabrication de chaque vêtement nécessite en moyenne entre 2 500 et 10 000 litres d’eau. Avec une centaine d’articles échangés, notre simple événement pourrait bien avoir permis d’économiser entre 250 000 et 1 000 000 litres d’eau ! Cela représente entre 1 et 4 millions de verres d’eau dont certaines des personnes les plus vulnérabilisées de la planète manquent cruellement pour étancher leur soif.
De plus, l’industrie de la mode éphémère contribue de manière significative à la pollution atmosphérique et génère une quantité importante de déchets qui restent sur Terre pendant des années. En décourageant les achats, notre événement a donc contribué à réduire les émissions des usines et des transports, l’utilisation de pesticides dans les champs de coton, l’utilisation de produits chimiques dans les processus de fabrication qui sont rejetés dans les réseaux d’approvisionnement en eau essentiels, et la quantité de vêtements qui finissent dans les décharges. La réutilisation et le recyclage encouragés par notre événement contribuent à rendre notre planète plus heureuse et plus saine, à lutter contre le consumérisme et à soutenir la vie à tous les niveaux.
Un succès à pérenniser et à réitérer




La Fête d’échanges a remporté un franc succès. Une multitude d’articles ont été donnés, échangés et sauvés des décharges. Les élèves et le personnel étaient fiers de leurs échanges et ont diffusé dans toute l’école un message visant à changer la culture du Vendredi fou et du consumérisme. Même les élèves qui ne participent généralement pas à ce genre d’événements ont été intrigué·e·s et se sont joint·e·s à la fête.
Un élève a déclaré avec enthousiasme : « J’adore voir plein de choses différentes. Je ne pense pas avoir déjà vu quelque chose comme ça à l’école… J’adore ça et j’adore faire les friperies ! »
L’une des choses qui ont rendu cet événement si spécial était la générosité dont ont fait preuve les personnes qui y ont participé. Les élèves ont acheté des cadeaux d’occasion pour leurs parents, leurs frères et sœurs et leurs ami·e·s. Les personnes participantes ne pensaient pas seulement à elles-mêmes, mais aussi à leurs proches.
La plupart des dons ont trouvé un nouveau foyer aimant. Les articles restants seront donnés aux personnes dans le besoin de la communauté, aux personnes sans abri, aux églises, aux refuges et à la Société de Saint-Vincent-de-Paul.
La Fête d’échanges ne visait pas seulement à obtenir de « nouvelles » choses, mais aussi à promouvoir la culture et l’éducation qui vont de pair. Elle répond à l’appel jubilaire du pape François à « transformer la dette en espoir » et s’aligne sur de nombreuses vertus catholiques et les enseignements d’encycliques telles que Laudato Si’ et Rerum Novarum. C’est ce qui l’a rendue si importante et influente pour notre communauté scolaire.
Le personnel et les étudiante·e·s ont fait part de nombreux commentaires positifs et ont demandé une nouvelle édition. Nous prévoyons donc déjà une autre Fête d’échanges pendant le Carême, peut-être comme un geste spirituel pour partager ce que nous avons et faire davantage de place à Jésus dans nos vies !