Par Minaz Kerawala, conseiller en communication et relations publiques

Une crise de la faim devrait toujours représenter une anomalie, car le Seigneur a doté l’être humain de certaines capacités pour que « De la terre il tire son pain » (Psaume 103,14). À notre époque d’abondance sans précédent, où quelques individus et entreprises possèdent plus de richesses que des pays entiers tandis que d’autres gaspillent plus de nourriture que beaucoup n’en auront jamais à manger, la crise de la faim est une plaie sur notre conscience collective.
L’existence d’une telle crise est incontestable. Les agences des Nations Unies estiment que 8,2 % de la population mondiale, soit environ 673 millions de personnes, ont souffert de la faim en 2024. Le fait que cela représente une légère amélioration par rapport à l’année précédente n’est guère réconfortant, car le nombre de personnes souffrant de faim aiguë a augmenté (voir article en anglais); la proportion de la population confrontée à la faim en Afrique a dépassé 20 % ; et des famines ont été déclarées à Gaza et au Soudan.
La crise de la faim « n’est pas inévitable, c’est un choix »
Lors d’un événement organisé à Rome la semaine dernière en marge de la 53e session du Comité de la sécurité alimentaire mondiale (voir communiqué en anglais), Caritas Internationalis, World Vision et le Conseil œcuménique des Églises ont publié une Déclaration commune des chefs religieux sur le droit à l’alimentation et à la nutrition (la voir en anglais). Parmi les dignitaires présents figuraient des leaders religieux et de la société civile, des hauts responsables d’agences des Nations Unies et Michael Fakhri, rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation.
Qualifiant cette déclaration d’« opportune », Arif Husain, économiste en chef du Programme alimentaire mondial, a déclaré : « Étant donné que 85 % de la population mondiale est croyante, si ces personnes font entendre leur voix, on pourra pousser les gouvernements à agir. »
La déclaration considère la crise alimentaire actuelle comme « une violation de la volonté divine et de la dignité humaine ». Affirmant que « le droit à l’alimentation est indissociable du droit à la vie », elle postule que « la faim dans un monde d’abondance n’est pas inévitable, c’est un choix ».
Conformément à leur rôle clé traditionnel dans l’accomplissement de ce qu’ils appellent « la plus haute obligation de l’humanité », à savoir « nourrir celles et ceux qui ont faim et prendre soin des personnes les plus vulnérabilisées », les chefs religieux s’engagent à plaider en faveur des mesures concrètes qu’ils recommandent aux gouvernements de prendre pour lutter contre la crise de la faim dans le monde.
Crise de la faim : avis d’expertes
Afin d’aider la population canadienne à mieux comprendre les causes de la crise de la faim et les moyens d’y remédier, Développement et Paix – Caritas Canada (DPCC) a coorganisé, le samedi 25 octobre 2025, un webinaire intitulé « Crise de la faim : situations et solutions » (regarder l’enregistrement ci-dessous) avec la Banque canadienne de grains (voir site Web en anglais).

Animant le webinaire, Vanessa Pike, conseillère technique en aide alimentaire et nutrition à la Banque canadienne de grains, a partagé des chiffres effrayants. Dans le monde, quelque 3 milliards de personnes n’ont pas les moyens de s’alimenter de manière équilibrée, a-t-elle déclaré, ajoutant que la pauvreté alimentaire touche 1 enfant sur 4. Elle a expliqué comment la malnutrition multiplie par 11 le risque de mortalité infantile, augmente les coûts des soins de santé, réduit la productivité, retarde la croissance économique et perpétue le cycle de la pauvreté.
Attribuant la crise alimentaire aux effets combinés de la pauvreté, des inégalités, des conflits, des changements climatiques et des difficultés économiques, Mme Pike a conclu son exposé sur une note positive, en rassurant l’auditoire sur le fait que la malnutrition, bien que mortelle et répandue, n’est pas trop difficile à traiter. Plus de 90 % des enfants souffrant de malnutrition sévère se rétablissent rapidement lorsqu’on leur administre des aliments thérapeutiques, qui sont relativement peu coûteux.
Crise de la faim : solutions en Somalie et au Soudan
Le panel du webinaire comprenait également Europe Maalim, chargée des programmes chez Trócaire Somalie, et Mary Wamuyu, directrice nationale de Trócaire Soudan, qui étaient au Canada pour faire des présentations à la Conférence canadienne sur la santé mondiale. Elles ont parlé des programmes de nutrition, de santé maternelle et d’aide à la subsistance que DPCC et la Banque canadienne de grains soutiennent dans leurs pays.

Mme Maalim a expliqué comment, en Somalie, où 1,8 million d’enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition aiguë, le soutien de nos organisations fait une différence concrète.
Grâce à notre investissement de près de 11 millions de dollars dans le pays depuis 2017, Trócaire a pu soigner des milliers d’enfants souffrant de malnutrition, nourrir et informer leurs responsables, aider les populations à augmenter leurs revenus et accroître la production alimentaire en réhabilitant les canaux et les sols, en dispensant des formations et un soutien agricole, et en améliorant le stockage et la commercialisation des semences. À ce jour, Trócaire a atteint un taux de guérison de 98 % parmi les personnes traitées et a réduit le taux de mortalité à moins de 1 %. Au fil des ans, l’organisation a aidé 156 244 personnes dans 28 centres répartis dans quatre districts de la Somalie.

Au Soudan, deux ans et demi de conflit ont fait 12,8 millions de personnes déplacées, 30,4 millions de personnes ayant besoin d’aide et 3,2 millions d’enfants souffrant de malnutrition aiguë, a rapporté Mme Wamuyu. Le lendemain de son intervention, les rebelles des Forces de soutien rapide ont pris la ville d’El Fasher. Depuis lors, les informations faisant état d’une intensification des atrocités font craindre une aggravation considérable de la situation.
Mme Wamuyu a affirmé que notre soutien avait permis à Trócaire d’offrir une gamme complète de solutions et d’aides à des milliers de personnes déplacées et vulnérabilisées dans les États du Nil Bleu et du Kordofan du Sud, au Soudan. Ces aides comprennent des services intégrés de santé, de vaccination et de nutrition, des projets visant à augmenter les revenus des ménages et à améliorer la sécurité alimentaire, des services d’approvisionnement en eau, d’hygiène et d’assainissement, ainsi que des aides d’urgence.
En 2024 seulement, Trócaire a apporté des soins à 4 612 enfants et à 2 531 femmes enceintes ou allaitantes souffrant de malnutrition aiguë et a administré des suppléments de vitamine A à 4 191 enfants au Soudan.
Les contributions du Canada comptent et doivent être maintenues

Les deux panélistes ont convenu de l’importance de l’aide canadienne.
« Ce n’est pas quelque chose d’abstrait », a déclaré Mme Maalim. « C’est visible, tangible et cela sauve des vies ! » Reconnaissante que « lorsque d’autres pays donateurs se retirent, le Canada reste ferme », elle a qualifié le soutien que Trócaire Somalie reçoit des personnes donatrices de ce pays de « bouée de sauvetage pour les plus vulnérables » et de symbole de « solidarité mondiale ».
Faisant écho à ses sentiments, Mme Wamuyu a déclaré : « L’aide canadienne est plus qu’un simple don, c’est une preuve de profonde solidarité et de compassion envers le peuple soudanais. » Elle a ajouté à l’intention de nos personnes donatrices : « Votre soutien a vraiment fait la différence en sauvant des vies et en protégeant la dignité des personnes confrontées au conflit, au déplacement et à la faim. »
En plus d’aborder ces points lors du webinaire, Maalim et Wamuyu les ont réitérés lors de réunions avec nos membres à Halifax et à Ottawa.
Aussi essentielle et appréciée que soit la générosité des milliers de Canadiennes et de Canadiens qui font des dons à DPCC et à la Banque canadienne de grains, elle ne peut absoudre l’État canadien de ses responsabilités sur la scène internationale. C’est pourquoi Mme Maalim et Mme Wamuyu ont également pris le temps d’expliquer l’impact de l’aide officielle canadienne au Sénat et aux représentant·e·s d’Affaires mondiales Canada.
Dans le même ordre d’idées, Coopération Canada, une coalition de la société civile dont DPCC fait partie, présente les dépenses d’aide non pas comme de la charité, mais comme un investissement stratégique, et rappelle au gouvernement du Canada l’engagement pris par le premier ministre Mark Carney pendant sa campagne électorale de ne pas réduire l’aide étrangère.
Pour que cette promesse soit tenue, le Canada doit, en tenant compte de l’inflation, allouer au moins 10,6 milliards de dollars à l’aide publique au développement en 2025-2026, comme l’a recommandé Coopération Canada dans sa soumission aux consultations pré-budgétaires. À l’approche du dépôt du budget le 4 novembre 2025, les groupes de la société civile exhortent la population canadienne à signer une pétition demandant au premier ministre et au ministre des Finances de ne pas couper dans l’aide étrangère.