Par Minaz Kerawala, conseiller en communication et relations publiques

Développement et Paix – Caritas Canada (DPCC) constate avec consternation que le budget 2025 propose de réduire l’aide au développement international de 2,7 milliards de dollars sur quatre ans. Il est également très inquiétant que cette réduction, ainsi que d’autres, soient principalement destinées à augmenter les dépenses militaires.
« En tant qu’organisation catholique, nous trouvons incroyable que, alors que le monde a besoin de plus de pain, le Canada veuille fabriquer plus de bombes », a déclaré Carl Hétu, directeur général du DPCC.
Faisant référence à un webinaire que nous avons coorganisé le mois dernier, M. Hétu a ajouté : « Nos partenaires qui nourrissent les enfants souffrant de malnutrition au Soudan et en Somalie viennent de nous dire que l’aide canadienne est une « preuve de profonde solidarité et de compassion » et une « bouée de sauvetage pour les plus vulnérables ». Réduire l’aide revient à couper cette bouée de sauvetage et à abandonner les personnes affamées, déplacées et dépossédées. Ce n’est pas canadien ! »
Budget 2025 : une réduction qui n’a guère de sens
« Le budget 2025 non seulement rompt une promesse, mais il fait également passer à côté d’une occasion pour le Canada de prendre les devants sur la scène internationale alors que d’autres se retirent », a déclaré M. Hétu, faisant allusion à l’engagement pris par le premier ministre pendant la campagne électorale de ne pas réduire l’aide étrangère et au retrait continu de nombreux pays occidentaux du financement de l’aide. Il a ajouté que la réduction de l’aide publique au développement (APD) « n’est même pas conforme aux priorités déclarées par le gouvernement lui-même ».
L’avant-propos du budget 2025 expose la volonté du gouvernement de répondre à un monde en profonde transformation par une « stratégie d’investissement de portée historique », notamment pour « protéger les Canadiens dans un monde de plus en plus fracturé ».
Les dépenses d’APD ne constituent pas une charge, mais un investissement stratégique, comme l’a souligné Coopération Canada, une coalition d’ONG dont fait partie DPCC, dans sa soumission aux consultations pré-budgétaires. La soumission cite des recherches montrant que l’investissement dans le développement et la gouvernance réduit les risques de conflit, que la prévention des conflits peut être 60 fois plus rentable que l’intervention militaire et que les investissements de l’APD sont rentables en termes d’augmentation des exportations.
Il est particulièrement regrettable que la majeure partie des réductions de l’APD proposées dans le budget 2025 concernent le secteur de la santé, car l’aide à la santé est réputée pour être exceptionnellement efficace pour augmenter l’espérance de vie, réduire la mortalité infantile (voir étude en anglais) et améliorer l’image des pays donateurs à l’étranger (voir étude en anglais).
La décision du Canada de réduire l’APD est donc loin de la « réponse fondamentalement différente, non pas marquée par la prudence, mais plutôt par le courage » que le gouvernement dit vouloir donner dans le budget 2025.
Budget 2025 : le bon sens peut encore prévaloir
Ces préoccupations sont partagées par bon nombre des homologues de DPCC. Immédiatement après le dépôt du budget, le 4 novembre, nous nous sommes joints à plus d’une centaine d’organisations de la société civile canadienne pour critiquer les compressions proposées à l’aide internationale.
C’est précisément en raison des réalités difficiles décrites dans l’avant-propos du budget 2025 que le DPCC exhorte le gouvernement du Canada à reconsidérer sa décision de réduire le financement de l’APD. Nous appelons également les partis d’opposition à inclure le maintien du financement de l’APD ainsi que la protection des programmes sociaux ici au Canada parmi leurs conditions pour le soutenir.
« Il n’est pas trop tard pour revenir sur cette décision désastreuse », a déclaré M. Hétu. « Le budget du Canada doit refléter les valeurs de compassion et de générosité qui caractérisent notre pays. Monsieur le Premier ministre Carney, veuillez tenir votre parole. Ne réduisez pas l’aide internationale. Des vies en dépendent ! »