
Montréal, le 15 mai 2025
Le très honorable Mark Carney
Premier ministre du Canada
80, rue Wellington
Ottawa, ON K1A 0A2
Courriel : pm@pm.gc.ca
Objet : Le rôle du Canada dans la construction d’« un monde fondé sur la solidarité, la justice et la résilience ».
Monsieur le Premier Ministre,
Développement et Paix – Caritas Canada vous félicite pour votre récente victoire électorale. En tant qu’organisation officielle de développement international de l’Église catholique canadienne et partenaire de longue date d’Affaires mondiales Canada, nous présentons dans cette lettre ouverte nos aspirations en matière d’action gouvernementale.
Dans notre lettre datant de deux mois, nous avions apprécié que vous mettiez l’accent sur les valeurs canadiennes et l’importance de l’aide internationale. Depuis, nous avons été rassurés par votre volonté de voir le Canada collaborer avec le Pape Léon XIV « afin de bâtir un monde fondé sur la solidarité, la justice et la résilience ». Nous espérons que cet engagement orientera l’action du gouvernement sur la scène mondiale, tout en répondant aux priorités nationales et régionales urgentes.
Le Canada ne peut bâtir un monde fondé sur la solidarité sans accroître l’aide internationale. Pour éviter que le recul irresponsable de pays pairs comme les États-Unis et le Royaume-Uni n’aggrave les crises humanitaires, le Canada doit augmenter substantiellement le financement de l’aide internationale. Notre budget d’aide doit atteindre à terme 0,7 % de notre revenu national brut, un objectif convenu en 1970, mais jamais atteint.
Dans un monde fondé sur la solidarité, le Canada doit également reprendre le rôle de chef de file qu’il a joué il y a 25 ans. En cette année du Jubilé, où le Canada préside le G7, nous vous exhortons à convaincre les dirigeants du G7 d’annuler les dettes souveraines injustes et insoutenables ou d’y remédier. Dans l’intérêt des 3,3 milliards de personnes dont les pays dépensent plus en service de la dette qu’en santé ou éducation, le Canada doit s’efforcer de réformer le système financier mondial afin d’éviter de nouvelles crises de la dette.
Un monde fondé sur la justice n’est pas un monde dans lequel le Canada reste les bras croisés face à des violations flagrantes du droit international. Alors que nous condamnons à juste titre et à plusieurs reprises le Hamas, nous ne pouvons pas ignorer le meurtre par Israël de près de 53 000 Palestiniennes et Palestiniens à Gaza. En début de semaine, le Conseil de sécurité a appris qu’« Israël impose délibérément et sans vergogne des conditions inhumaines aux civils… » Alors que le blocus israélien pousse les habitants de Gaza au bord de la famine, nous sommes heureux que la ministre des affaires étrangères, Mme Anand, reconnaisse et affirme que « nous ne pouvons pas permettre que la nourriture soit utilisée comme un outil politique ».
Compte tenu de l’inefficacité de telles affirmations au cours des 19 derniers mois, nous vous demandons, en tant que pragmatique avoué, de changer de tactique et de passer à une action décisive. Le Canada doit courageusement utiliser des mesures diplomatiques, politiques et économiques fortes pour contraindre Israël à reprendre le cessez-le-feu qu’il a violé et à permettre la reprise de l’acheminement de l’aide et du travail humanitaire par l’UNWRA et d’autres agences partenaires de l’ONU. Ces mesures doivent s’accompagner d’un soutien aux tribunaux internationaux, d’un embargo complet sur les armes à destination d’Israël, de la reconnaissance officielle de l’État palestinien et de la mise en place d’un processus de paix sous médiation internationale.
Enfin, pour bâtir un monde fondé sur la résilience, le Canada doit réduire fortement ses émissions de gaz à effet de serre et accroître son engagement international en matière de financement climatique et de la nature dans les pays en développement. Ayant gouverné deux banques centrales et été l’Envoyé spécial des Nations Unies pour le financement de l’action climatique, vous êtes particulièrement bien équipé pour comprendre et répondre à ce besoin.
En tant que Premier ministre qui sait que les marchés sont « indifférents à la souffrance humaine », vous comprenez également la nécessité de responsabiliser les entreprises. Nous vous implorons donc de promulguer une législation contraignante sur la diligence raisonnable en matière de droits humains et d’environnement qui oblige nos entreprises à prévenir, à signaler et à réparer les violations des droits humains et de l’environnement dans le cadre de leurs activités et de leurs chaînes d’approvisionnement et de valeur à l’échelle mondiale.
Saisissant ce que vous avez si astucieusement identifié comme un « moment charnière » de notre histoire, nous sommes convaincus que vous vous efforcerez de répondre à nos aspirations et d’assurer le leadership moral de notre pays sur la scène internationale. Comme l’a dit un premier ministre récemment élu : « C’est la chose canadienne à faire ».
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Premier Ministre, l’expression de ma très haute considération.
Luke Stocking
Directeur général par intérim
Cc : L’honorable Anita Anand, ministre des Affaires étrangères et l’honorable Randeep Sarai, Secrétaire d’État (Développement international)