| Il est temps que les agriculteurs, les paysans et les collectivités locales des pays du Sud reprennent le contrôle du système alimentaire mondial, affirme Développement et Paix dans La faim et le profit : crise du système alimentaire, publié aujourd’hui.
Le rapport de 24 pages s’inspire de l’expérience de ses partenaires en Afrique, en Asie, en Amérique latine et au Moyen-Orient et de l’enseignement social de l’Église. Il propose une restructuration en profondeur du système qui nous a conduit à la crise alimentaire que nous vivons présentement.
Même si en l’an 2000, les chefs d’État du monde entier se sont engagés à éradiquer la faim et l’extrême pauvreté d’ici 2015, on estime que 100 millions de personnes vont bientôt s’ajouter aux 860 millions personnes qui ont faim tous les jours.
La faim et le profit : crise du système alimentaire documente les origines de la crise actuelle à partir de la « révolution verte » qui a eu pour effet d’accroître la dépendance des agriculteurs sur les produits chimiques et a encouragé la production de cultures commerciales vendues sur les marchés internationaux. La situation s’est ensuite aggravée lorsque la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) ont imposé des Programmes d’ajustement structurel (PAS) aux pays du Sud fortement endettés.
Les PAS ont interdit à ces pays d’investir dans des programmes de soutien à l’agriculture et à la production alimentaire locale. Ils ont plutôt fait la promotion du développement des projets d’importantes sociétés agro-alimentaires. Dans ce rapport, le Réseau africain pour le développement intégré, un partenaire de Développement et Paix, recense comment les PAS ont eu un impact négatif sur la production agricole et contribué à la flambée du prix des aliments de base au Sénégal.
La situation s’est encore envenimée lorsque l’Accord sur l’agriculture de l’Organisation mondiale pour le commerce (OMC) a prescrit un modèle où tous les partenaires sont assujettis aux mêmes règlements. Toutefois ces soi-disant « règles du jeu équitables » n’en sont rien. « Cela revient à mettre un tigre et un lapin dans la même arène », explique Sarath Fernando, un partenaire de l’organisme au Sri Lanka.
Alors que la production alimentaire pour consommation locale diminue systématiquement, « le nombre de personnes qui ont faim s’accroît, mais les profits n’ont jamais été plus élevés, » explique le rapport. Il montre du doigt l’investissement spéculatif sur les marchés des produits alimentaires et rappelle les bénéfices importants réalisés par les multinationales ces dernières années.
Par ailleurs, l’augmentation des terres consacrées à la production d’huile de maïs et de palme destinée à la conversion en carburant, fut la goutte qui a fait déverser le vase.
Le rapport cite l’Assemblée des évêques catholiques du Québec qui a déclaré : « Il devient impératif de redonner à l’agriculture sa fonction de base première, celle de nourrir les communautés locales et nationales. »
De plus, Développement et Paix annonce, dans ce rapport, qu’il appuie le concept de la « souveraineté alimentaire » tel que développé par un groupe de petits agriculteurs de l’organisme Via Campesina. La mise en oeuvre de la souveraineté alimentaire incarne l’option préférentielle pour les pauvres, qui est au cœur même du mandat et de l’action de l’organisme.
La souveraineté alimentaire passe par « la reconstruction des économies agricoles locales et nationales, » et signifie de ne « plus traiter la nourriture comme une marchandise, mais comme un droit fondamental. »
« Cela voudrait dire retirer le contrôle de la politique agricole et alimentaire aux accords commerciaux et aux institutions financières internationales et le mettre entre les mains des gens qui produisent la nourriture et qui en ont besoin. »
Dans ce rapport Développement et Paix s’engage à travailler afin que « le système de production alimentaire mondial reconnaisse que le droit à l’alimentation de chaque homme, femme et enfant sur la planète devienne une priorité absolue. »
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